Sara Forever mêle drag show et autobiographie pop dans "Dynasties"
Sara Forever : drag show et autobiographie pop

Il n’est pas anormal, quand on est soi-même queen, de s’intéresser aux « Dynasties ». La création solo de Mathieu Barbin, alias Sara Forever, s’attarde donc sur les liens de filiations, « ceux que l’on subit, ceux que l’on chérit », et au-delà aux héritages culturels, nobles et populaires, au poids des généalogies, réelles ou rêvées, à travers lesquelles on se construit une identité.

Un artiste hybride entre danse contemporaine et drag-queen

Car Matthieu Barbin – comme nous tous – est un être hybride. Il est à la fois danseur du petit milieu contemporain et drag-queen popularisée dans tous les foyers via sa participation à l’émission « Drag Race France ». Artiste complet et fils unique et chéri de sa matriarche Marylis, qui lui a transmis, dans leur salon du Bouscat, la seule culture à disposition, celle du petit écran reflétant « Sissi impératrice » ou « Star Academy ».

Le thème du transfuge de classe sublimé par le spectacle

Ce fils « d’un père absent, mère secrétaire » n’est pas le premier qui explore le thème du transfuge de classe et de la honte sociale. Mais il le fait à sa manière, surfant entre les deux mondes, sublimant le hiatus avec les moyens du spectacle. N’a-t-il pas décidé de créer Sara pour « rentrer dans la télévision » et garder ainsi le lien avec sa mère ? « Dynasties », un show drag de Sara Forever, une autobiographie pop de Matthieu Barbin.

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Mais « Dynasties » n’est pas une thèse de sociologie, plutôt un vrai show drag dans lequel l’artiste embarque son monde avec quelques tricks des plus racoleurs. Montrant au passage une nette jubilation à profaner le public du théâtre avec ces rituels du divertissement mainstream : sono percutante, tubes imparables ou ringards à souhait, maquillage et tenues glam, robes virevoltantes, paillettes et lip sync et même un karaoké sur « Les Démons de minuit ».

Une forme impeccable et des moments de grâce kitsch

Sur la forme, c’est impeccable et l’artiste excelle à occuper le plateau, créer des images ou des moments de grâce kitsch, comme cette incrustation à l’écran au milieu d’un duo entre Liza Minnelli et Judy Garland, entre autres figures pop convoquées, avec Romy Schneider, Dolly Parton, Michael Jackson ou Prince.

Un spectacle qui séduit un public plus jeune et queer

Cette légèreté assumée fait la force de l’exercice, en même temps que ses limites : on aurait aimé voir creuser un peu plus le thème et ses frictions. Mais le tout garde pas mal de mérites, dont celui de diversifier le public du TnBA, plus jeune, queer et pop qu’à l’habitude, ce qui n’est pas rien. Jusqu’au jeudi 7 mai, au TnBA. 8 à 30 euros.

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