Le Testament d'Ann Lee : le nouveau film musical de Fastvold et Corbet sur une prophétesse oubliée
Le Testament d'Ann Lee : Fastvold et Corbet explorent une prophétesse oubliée

Le Testament d'Ann Lee : un film musical sur une prophétesse oubliée

Il y a exactement un an, Brady Corbet et Mona Fastvold parcouraient les projections pré-Oscars pour convaincre l'Académie de voter pour leur étonnant The Brutalist. Cette prodigieuse épopée d'un architecte hongrois et de son rêve américain au goût amer avait remporté trois statuettes prestigieuses. Aujourd'hui, le tandem américano-norvégien revient avec Le Testament d'Ann Lee, un nouveau film ponctué de séquences musicales.

Une biographie musicale audacieuse

Cette fois-ci, c'est Mona Fastvold qui prend la caméra pour réaliser cette biographie de Mère Ann Lee, la fondatrice des Shakers. Cette secte protestante aujourd'hui quasiment disparue célébrait Dieu en musique. Amanda Seyfried incarne cette prophétesse britannique du XVIIIe siècle, dans un rôle qui contraste avec son récent succès au box-office.

« Personne ne s'est jamais dit : ce dont le monde a besoin aujourd'hui, c'est d'une comédie musicale sur les Shakers ! », s'amuse Mona Fastvold, consciente du caractère improbable de son sujet. Pourtant, le film se révèle être une œuvre austère mais esthétiquement magnifique, empreinte d'une révérence absolue envers son héroïne.

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La découverte d'une communauté méconnue

L'intérêt pour Ann Lee est né d'une découverte musicale. « Par la musique ! », explique Mona Fastvold. « Je suis tombée sur un hymne absolument magnifique intitulé Pretty Mother's Home, et j'ai découvert qu'il avait été écrit par une femme afro-américaine nommée Patsy Williams, une leader des Shakers. »

Brady Corbet ajoute : « Grâce à Mona, j'ai découvert les Shakers, une religion dominée par des femmes... Leur conception de l'égalité – entre les sexes mais aussi entre les races – était extrêmement avancée. » À leur apogée, cette communauté utopique comptait environ six mille membres.

La forme musicale comme expression spirituelle

Le choix de la comédie musicale s'imposait naturellement. Mona Fastvold décrit le paradoxe fascinant des Shakers : « Quand on entend parler de chasteté, on imagine immédiatement quelque chose de très austère. Mais chez les Shakers, c'était exactement l'inverse. »

Les cérémonies des Shakers étaient décrites comme des moments de transe collective où les fidèles dansaient pendant des heures, parfois jusqu'à l'épuisement. Daniel Blumberg, compositeur de The Brutalist, a réécrit les hymnes de l'époque pour ce film.

Un film contre toute logique économique

« Créer un film demande un engagement presque démesuré », confie Brady Corbet. « On consacre des années de sa vie à un projet sans savoir ce qu'il deviendra. Ce film s'est fait contre toute logique économique. C'est une production entièrement indépendante, qui a été extrêmement difficile à financer. »

Pourtant, le film résonne profondément avec le présent. Les Shakers remplissaient des fonctions d'aide et de soin que l'on attend traditionnellement de l'État. « Aujourd'hui, à une époque où beaucoup de services publics disparaissent, je pense qu'il devient essentiel de retrouver cette responsabilité collective », explique Corbet.

Un diptyque avec The Brutalist

Mona Fastvold révèle les liens entre les deux films : « Pendant le montage, nous avons réalisé qu'il existait beaucoup de points communs. Ils abordent tous deux la question de l'immigration, à travers deux personnages qui se placent au fondement de l'expérience américaine. »

Dans The Brutalist, il s'agissait de création matérielle à travers l'architecture. Dans Le Testament d'Ann Lee, c'est la création d'une communauté utopique et spirituelle. Les deux films forment ainsi un diptyque sur l'invention de nouveaux mondes.

Un regard critique sur le cinéma contemporain

Brady Corbet, qui a commencé sa carrière comme enfant acteur il y a trente ans, porte un regard sévère sur l'industrie cinématographique actuelle : « Je trouve le paysage général du cinéma déprimant. À Hollywood, tout le monde rejette la faute sur le marché... On a servi du fast-food aux gens pendant des années et maintenant on s'étonne qu'ils ne veuillent pas manger de légumes. »

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Il déplore la standardisation des productions : « La télévision et les plateformes ont lissé la production, tout se ressemble, tout fonctionne avec les mêmes codes. Où est passée la contre-culture ? »

Un avenir assuré malgré les défis

Malgré ces critiques, l'avenir du tandem semble prometteur. Mona Fastvold explique : « Grâce au succès du Brutalist et à l'écho qu'a remporté Le Testament d'Ann Lee, notre avenir immédiat en tant que scénaristes et réalisateurs est assuré. Nous avons deux prochains films de prévus. »

Ils travaillent principalement hors du système hollywoodien, de façon indépendante, avec des soutiens financiers fidèles. Cependant, Mona Fastvold reste prudente face aux évolutions technologiques : « Plus largement se posent des tas de questions, celle de l'IA, de la direction que prend le cinéma... Qui sait vraiment à quoi s'attendre dans le monde d'aujourd'hui ? »

Le Testament d'Ann Lee représente ainsi non seulement la redécouverte d'une figure historique oubliée, mais aussi un acte de résistance cinématographique dans un paysage culturel de plus en plus uniformisé.