Laurent Cantet, cinéaste de l'intime et du social, est mort à 63 ans
Laurent Cantet, Palme d'or 2008, est mort à 63 ans

Le cinéaste Laurent Cantet, Palme d'or en 2008 pour « Entre les murs », est décédé le 25 avril 2024 à l'âge de 63 ans des suites d'un cancer. Il savait porter un regard intime et aigu sur la société contemporaine, comme en témoigne cet article paru le jour même de sa disparition.

Un cinéaste de la complexité sociale

Laurent Cantet était un homme doux qui s'est confronté sans détour, dans ses neuf longs-métrages, à la brutalité de la société contemporaine et du monde du travail. Il y avait dans son regard de cinéaste une subtilité rare, une telle conscience de la complexité des situations qu'il laissait souvent les questions posées dans ses récits ouvertes, non résolues.

Fils d'instituteurs, élevé dans les Deux-Sèvres et diplômé de l'école de cinéma Idhec, il avait fait forte impression dès son premier film, « Ressources humaines », en 2000. Il y abordait les faux-semblants du management à travers la relation d'un père et de son fils dans une usine normande. Dans « L'Emploi du temps », en 2001, inspiré par l'affaire Jean-Claude Romand, il sondait les mystères, entre mensonges et fuite, d'un homme soucieux de cacher son licenciement.

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Consécration avec « Entre les murs »

La consécration est venue en 2008 avec la Palme d'or à Cannes, la première pour un Français depuis 1987 (« Sous le soleil de Satan »), pour « Entre les murs », l'histoire d'un professeur en zone prioritaire. Un film précurseur sur les transformations du métier d'enseignant. Ont suivi « L'Atelier », avec Marina Foïs, ou « Arthur Rambo », en 2021, anatomie d'un lynchage sur les réseaux sociaux.

Le Bordelais Stéphane Leyvigne, qui a tourné dix jours dans « Entre les murs », se souvient d'un réalisateur d'« une humanité extraordinaire, gentil, délicat, toujours calme » – un trait de caractère singulier chez les metteurs en scène, souvent autoritaires. « Il ressemblait à son cinéma. »

Un homme engagé

Laurent Cantet, proche de Robin Campillo (« 120 BPM ») ou de Dominik Moll, était aussi un homme engagé. Compagnon de route d'Act Up, il militait pour la défense des sans-papiers, faisait partie du collectif 50/50 créé pour plus de parité dans le milieu du cinéma. Le Festival de Cannes a salué ce jeudi soir un « humaniste acharné, qui cherchait la lumière malgré la violence sociale » et son cinéma « à fleur de peau et à fleur de société ».

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