« Johnny Guitare » : le western féminin et féministe de Nicholas Ray
Johnny Guitare : le western féminin de Nicholas Ray

« Un homme peut mentir, voler, tuer, même. Tant qu'il s'accroche à son orgueil, c'est un homme. Qu'une femme fasse un faux pas, c'est une traînée. » Ces lignes ne sont pas extraites d'une tribune féministe mais d'un western culte des fifties. Celle qui les prononce est Vienna, femme dandy et tenancière d'un saloon taillé à même la falaise, dans les Rocheuses.

Un western qui renverse les codes

« Je n'ai jamais vu une femme aussi homme. Elle agit et pense comme un homme et me fait douter d'en être un », dit encore d'elle un de ses employés. Car « Johnny Guitare » est un western féminin et un duel d'actrices. D'un côté, Joan Crawford, cheveux courts, en chemise et pantalon, qui ajuste son ceinturon avec une classe folle. De l'autre, Mercedes McCambridge, future voix du démon Pazuzu dans « l'Exorciste », de William Friedkin, qui exulte d'une joie maléfique lorsqu'elle incendie l'établissement de sa rivale.

Les hommes relégués au second plan

Au milieu de ces cowgirls déchaînées mais sentimentales, il y a les hommes. Bellâtres, brutes épaisses ou souffreteux, ils jouent aux bandits comme des gamins et ne sont guère plus que des seconds rôles. Sauf Johnny, qui débarque sans revolver à la ceinture mais une guitare sur le dos, et ne désire rien d'autre qu'une cigarette, une bonne tasse de café et l'amour de Vienna.

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Un classique « camp »

Dans les années 1950, Sterling Hayden est – avec Mitchum – l'acmé du cool, 1,96 mètre de nonchalance, un visage chiffonné et un irrésistible sourire en coin. Preuve de son désintérêt pour le héros classique, Nicholas Ray se paye même le luxe de le faire disparaître pendant une bonne partie du film. Avec ses femmes « viriles » aux regards de Méduse, son Technicolor paroxystique en accord avec les chemises de Vienna, « Johnny Guitare » est devenu un classique du camp, cette esthétique qui joue sur les genres, ironique et décalée, prisée par les cinéastes gay. Almodóvar, par exemple, aime tellement le film qu'il a inclus une séquence de doublage en espagnol dans « Femmes au bord de la crise de nerfs » et que le jeu de Marisa Paredes dans « Talons aiguilles » a été calqué sur celui de Joan Crawford.

Mercredi 6 mai à 20h50 sur TCM Cinéma. Western américain de Nicholas Ray (1954). Avec Joan Crawford, Sterling Hayden, Mercedes McCambridge. 1h50. (En multidiffusion et à la demande).

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