Un grand acteur dans un grand film, c'est du bonheur, et c'est ce qu'offre L'Être aimé de Rodrigo Sorogoyen, présenté en compétition aujourd'hui au Festival de Cannes avant de sortir en salle simultanément. Le réalisateur d'As Bestas confie à Javier Bardem le rôle d'un réalisateur tyrannique tentant de renouer avec sa fille actrice trentenaire, incarnée par la lumineuse Victoria Luengo.
Un père autoritaire et une fille indépendante
Les choses ne vont pas toutes seules entre le père autoritaire et la jeune femme qui a appris à vivre sans lui. Leurs rapports filiaux conflictuels débordent sur le plateau lors d'une scène de tournage. Rodrigo Sorogoyen filme le comédien au plus près avec de très gros plans soulignant sa prestation exceptionnelle. On verrait bien cet excellent film très haut au palmarès et l'acteur repartir avec un prix d'interprétation. Javier Bardem, souriant et modeste, a répondu aux questions de 20 Minutes.
Un hommage aux professionnels du cinéma
En quoi le film vous a-t-il touché ? Il rend hommage aux professionnels du cinéma et à leur travail qu'on connaît mal. Rodrigo a souhaité montrer qu'il s'agit d'un métier comme les autres avec ses difficultés et ses abus de pouvoir. Je ne parle pas du personnage de cinéaste que j'incarne mais de son entourage à qui il en fait baver. Il est le produit d'une génération de créateurs qui se croyaient tout permis et à qui on laissait tout passer au motif de leur génie supposé. Je sais que des cinéastes comme Stanley Kubrick ou Alfred Hitchcock ont donné de mauvais exemples sur leurs tournages mais, bien que j'adore leur travail, j'estime que leur attitude était inacceptable. Elle ne passerait plus aujourd'hui.
Des réalisateurs toxiques croisés
Avez-vous déjà côtoyé des cinéastes de ce genre ? J'ai croisé des réalisateurs toxiques dans ma carrière, mais jamais à ce point-là. Et je partirai aussitôt si j'entendais un cinéaste traiter son équipe de façon aussi irrespectueuse. J'ai évolué moi aussi et, en mûrissant, j'ai appris qu'il n'y avait aucune raison d'accepter ce type de comportements souvent masculins. Je n'ai jamais vu de réalisatrice se conduire de cette façon.
Le respect, clé de la réussite
Quelle est la chose la plus importante sur un tournage ? Le respect. Je ne crois pas une seule seconde qu'on obtient le meilleur des gens en leur hurlant dessus ou en les maltraitant. Une atmosphère harmonieuse donne de meilleurs résultats. Quand on est acteur, on se sent plus à l'aise pour laisser libre cours à ses émotions dans un environnement bienveillant. Quand on me témoigne de l'empathie, cela me donne envie de donner davantage, d'aller plus loin. Je suis persuadé qu'il en est de même dans toutes les professions.
Travailler avec sa femme
Est-il vraiment aussi difficile de collaborer, sur un plateau, avec quelqu'un qui vous est proche ? Si vous voulez parler de ma femme, Penélope Cruz, nous avons déjà tourné ensemble plusieurs fois sans que cela pose le moindre problème. Nous nous connaissons bien et avons un grand respect professionnel réciproque. Je pense que notre complicité enrichit nos prestations car nous savons exactement ce dont l'autre a besoin pour être à son meilleur. La situation est très différente pour le cinéaste que j'incarne. Il ressent le besoin de rattraper le temps perdu avec sa fille ce qui le pousse à aller trop loin pour lui imposer son autorité comme si elle était encore une enfant.
Un souhait pour le palmarès
Vous imaginez-vous être récompensé par le jury samedi soir ? Je suis déjà content que le film soit sélectionné à Cannes. Je souhaite surtout qu'il touche le plus de monde possible. Je ne veux pas penser au palmarès mais j'avoue que j'aimerais que Rodrigo soit récompensé. C'est un grand cinéaste qui n'a pas besoin de malmener son entourage pour faire de beaux films.



