Le réalisateur portugais Pedro Cabeleira signe avec «Entroncamento» un film brut et haletant qui explore les méandres du trafic de drogue dans une petite ville du Portugal. Présenté en compétition au Festival de cinéma de l'Atlantique, le long-métrage suit le parcours de Tiago, un jeune homme contraint de dealer pour survivre dans un contexte de précarité économique.
Un réalisme social saisissant
Le film se distingue par son approche documentaire et son refus de glamouriser le trafic. Cabeleira filme au plus près des personnages, avec une caméra nerveuse qui traduit l'urgence et la tension constante. Le protagoniste, interprété par l'acteur non professionnel João Arrais, incarne avec justesse les dilemmes moraux d'un jeune pris dans un engrenage infernal.
Selon le réalisateur, «Entroncamento» est né d'une observation de la réalité sociale portugaise : «Je voulais montrer comment la crise économique pousse des jeunes à des choix désespérés, sans jamais tomber dans le misérabilisme.» Le film s'inspire de faits réels, notamment l'augmentation de la consommation de drogues synthétiques dans les zones rurales du pays.
Une structure narrative tendue
Le scénario, écrit par Cabeleira et Rita Morais, adopte une structure en trois actes qui suit l'ascension et la chute de Tiago. Le premier acte le montre intégrant un réseau de trafiquants locaux, le second plonge dans les tensions avec un concurrent, et le dernier acte explore les conséquences de ses actes. Le film ne compte que 75 minutes, un format court qui renforce l'intensité dramatique.
Les critiques portugaises ont salué la performance d'Arrais et la photographie granuleuse de Vasco Viana, qui évoque le cinéma social des années 1970. Selon le journal «Público», «Entroncamento» est «un coup de poing viscéral qui ne laisse aucun répit au spectateur». Le film a reçu le prix du meilleur réalisateur au festival Cineport en 2023.
Un regard sur le Portugal contemporain
Au-delà du thriller, «Entroncamento» dresse un portrait sans fard de la jeunesse portugaise confrontée au chômage et à l'exclusion. La ville d'Entroncamento, un nœud ferroviaire en déclin, sert de métaphore à l'impasse sociale. Le film montre des paysages désolés, des gares abandonnées et des immeubles délabrés, symboles d'une promesse de modernité non tenue.
Pedro Cabeleira, né en 1988 à Lisbonne, fait partie d'une nouvelle génération de cinéastes portugais qui renouvellent le réalisme social. Son précédent court-métrage «A Praia» avait été remarqué à la Mostra de Venise. «Entroncamento» est son premier long-métrage, coproduit par le Portugal et la France, avec le soutien de l'Institut du Cinéma et de l'Audiovisuel portugais.
Un accueil critique prometteur
Le film sortira en salles au Portugal le 15 septembre 2024, avec une distribution prévue en France courant 2025. Les premières projections ont suscité l'intérêt des distributeurs européens. Selon Cabeleira, «le film parle de problèmes universels : la pauvreté, la violence, le besoin de reconnaissance. J'espère qu'il touchera un public au-delà des frontières portugaises.»
«Entroncamento» s'inscrit dans une tendance du cinéma social portugais, aux côtés d'œuvres comme «Diamantino» ou «Vitalina Varela». Le film a été sélectionné pour représenter le Portugal aux Oscars 2025 dans la catégorie du meilleur film international, bien que la décision finale n'ait pas encore été annoncée.



