Le conseil départemental du Morbihan, présidé par David Lappartient (LR), a annoncé le 30 juin 2026 la suppression des subventions allouées au festival de cinéma « Les Toiles de mer », qui se tient chaque été à Vannes. La décision, justifiée par un « recentrage des priorités budgétaires », intervient après que plusieurs élus de la majorité ont critiqué la programmation de l'édition 2025, jugée « trop politique » et « militante ».
Un festival sous le feu des critiques
Le festival, créé en 2018, propose chaque année une sélection de films indépendants et de documentaires engagés. En 2025, plusieurs projections portaient sur des thèmes comme les luttes sociales, l'écologie ou les droits des minorités. Selon des sources proches de la majorité départementale, ces choix auraient déplu à une partie de l'assemblée, qui y voit une « instrumentalisation de la culture à des fins partisanes ».
Le montant des subventions supprimées s'élève à 45 000 euros, soit environ 15 % du budget total du festival. L'organisation, qui repose largement sur le bénévolat et les partenariats privés, craint désormais pour sa pérennité. « C'est un coup dur, mais nous ne baisserons pas les bras », a déclaré la directrice artistique, Sophie Le Guennec, citée par le journal Ouest-France.
Une décision politique assumée
Interrogé par Libération, David Lappartient a justifié la décision : « Nous avons choisi de concentrer nos aides sur des événements culturels fédérateurs, qui rassemblent tous les publics sans parti pris. Ce festival avait pris un virage trop marqué politiquement, ce n'est pas le rôle de l'argent public de financer cela. » Une position que contestent les organisateurs, qui rappellent que le festival a toujours affiché une ligne éditoriale indépendante et non partisane.
De son côté, l'opposition de gauche au conseil départemental dénonce une « censure idéologique ». La conseillère départementale socialiste Marie-Pierre Rouger a déclaré : « C'est une atteinte grave à la liberté de création. On ne peut pas conditionner les subventions culturelles à l'absence de sujets politiques, la culture est par essence politique. »
Un précédent inquiétant pour le monde culturel
Cette affaire s'inscrit dans un contexte de tensions récurrentes entre collectivités locales et structures culturelles jugées trop engagées. En 2024, le conseil régional d'Occitanie avait déjà réduit ses subventions à plusieurs festivals de cinéma, invoquant des « dérives militantes ». Pour les professionnels du secteur, la décision du Morbihan pourrait faire tache d'huile.
Le festival « Les Toiles de mer » espère désormais trouver des financements alternatifs via du crowdfunding ou des mécènes privés. L'édition 2026, prévue du 15 au 20 août, devrait se tenir comme prévu, mais avec un budget resserré. « Nous allons réduire certaines dépenses, mais la programmation tiendra ses promesses », assure Sophie Le Guennec.



