Une troisième journée de feria décevante
Cette troisième journée de la feria montoise a laissé les spectateurs sur leur faim. Ils étaient venus pourtant très nombreux mais aussi très confiants, aux arènes, absolument combles à l'heure du paseo, sous un ciel orageux. Ils se retirèrent quelque peu déçus, n'ayant pas eu l'occasion d'assister à de grandes faenas, comme les jours précédents.
Plus que par son véritable déroulement, la corrida du 19 juillet 1966 à Mont-de-Marsan restera célèbre grâce à une photographie qui a fait le tour du monde. Elle fut captée par le photographe de « Sud Ouest », Vincent Olivar.
Des toros capricieux
Il faut rechercher la cause de ce demi-échec dans le mauvais comportement des toros de D. Fermin Bohorquez manquant, en général, de réelle franchise dans leur charge ou bien ne se livrant qu'à moitié, ce qui obligea les hommes à demeurer le plus souvent sur la défensive sans pouvoir enchaîner leurs passes. Le lot était, certes, très bien présenté quoiqu'inégalement armé.
Le toro de Felipe Bartolome ayant remplacé le Bohorquez tué au débarquement était peu armé et pas très solide sur ses pattes. Il attaquait toutefois en insistant, mais s'avérait d'une lidia difficile en raison de sa charge courte. Le second, manso, ne prit que deux picolazos sur la demande du matador, ce qui ne l'empêcha pas de charger avec rectitude. Il arriva toutefois entier et résistant à la mort. Les quatre autres affichèrent pas mal d'allant au premier tercio, mais aucun d'eux n'arriva vraiment noble et maniable à la muleta, ce qui nous priva d'un travail brillant.
La grande classe de Paco Camino
Paco Camino (vert d'eau et argent) affirma, une fois de plus, sa grande classe et une aisance extraordinaire en face des trois adversaires qu'il eut à travailler. En face du premier, à la tête très mobile et grattant le sol, il réalisa un trasteo sérieux et varié, dans lequel il intercala plusieurs séries de derechazos chaudement applaudies. N'ayant pas réussi sa mise à mort, son succès s'en ressentit et il n'eut droit qu'à un tour d'honneur.
Le quatrième n'était guère commode et ses demi-arrancadas stoppaient net les bonnes intentions de Paco. Il le travailla donc par le bas et se montra médiocre à la mort. (Silence.)
El Cordobés sérieusement blessé
Il dut se charger du cinquième toro, El Cordobés n'ayant pas reparu après sa cogida au deuxième toro. La faena qu'il nous servit, presque exclusivement de la gauche, manqua certes de liaison mais non pas d'intelligence et comme après un bon pinchazo il porta une estocade entière en bonne place, son succès fut très vif avec octroi des deux oreilles.
El Cordobés (lie de vin et or) eut affaire à ce second Bohorquez, manso et fuyard, qu'il eut le tort de ne pas laisser châtier suffisamment. Désireux de briller coûte que coûte, il s'employa à fond pour intéresser cet animal, qui se dérobait sans cesse, et grâce à sa vaillance, il parvint à lui servir plusieurs passes de la droite, de très près, et aussi quelques naturelles qui chauffèrent les gradins.
Au cours de ce trasteo, il fut accroché par le fauve et lancé en l'air. Il se releva rageur et, bien que sérieusement touché à la jambe droite, il poursuivit son travail en boitant et liquida le bicho sous l'ovation. Il fut conduit aussitôt à l'infirmerie d'où, après un premier pansement, il fut dirigé sur l'hôpital pour y être soigné d'une blessure sérieuse à la jambe droite, qui occasionnera une indisponibilité d'environ vingt jours.
Jose Fuentes (fraise écrasée et or) ne se montra guère à son avantage en face de ses deux adversaires, peu maniables, il est vrai, qu'il n'arriva pas à dominer et devant lesquels tout son toreo apparut d'une pauvreté flagrante. Une estocade rapide au toro de Bartolomé (ovation) et faiblesse à l'épée au sixième, dont il avait offert la mort à André Darrigade (sifflets). M. Boucou, assisté de M. Miguel, dirigea très bien les débats.
Bilan de santé
À la sortie des arènes, El Cordobés a été opéré, l'intervention a duré une heure. Il souffre de déchirures et de dilacérations de muscle de la loge antérieure prétibiale droite. Manuel Benitez restera à l'hôpital de Mont-de-Marsan trois ou quatre jours et sera éloigné des ruedos pour au moins une vingtaine de jours.



