Le dénouement de la série culte Dix pour cent sera disponible ce jeudi sur Netflix, après une projection triomphale au Festival du Film Francophone d'Angoulême. La créatrice Fanny Herrero, qui a quitté la série après la saison 3, est revenue pour coécrire ce long métrage avec Lison Daniel, réalisé par Emilie Noblet. L'occasion pour elle de revenir, dans un entretien accordé à 20 Minutes, sur les coulisses d'un tournage marqué par la présence d'Eva Longoria et de George Clooney.
Un retour événementiel après une fin de série jugée triste
Fanny Herrero explique avoir choisi le format du long métrage pour clore l'histoire « à sa manière ». « L'agence ferme en fin de saison 4 et le dénouement de la série est un peu triste », confie-t-elle. « J'ai eu envie de revenir parce que c'était une façon de clore l'histoire à ma manière. J'ai voulu participer à quelque chose de plus joyeux et les producteurs aussi, mais pas forcément une nouvelle saison. »
La showrunneuse évoque une certaine appréhension face à l'essoufflement potentiel des intrigues : « On avait un peu peur de s'épuiser dans les histoires et les épisodes. D'où l'idée de revenir avec un truc un peu inattendu, un peu événementiel. Avec une forme différente, mais les mêmes personnages. »
Une fierté partagée avec les comédiennes
Interrogée sur la révélation de talents comme Camille Cottin et Laure Calamy, Fanny Herrero insiste sur l'interdépendance entre l'écriture et le jeu. « Je sais à la fois tout ce que je leur dois, et ce qu'ils me doivent. On est toutes et tous imbriqués en fait », affirme-t-elle. « La Maison Dix pour cent, c'est au-delà de mon écriture, et au-delà du jeu de Camille Cottin, de Laure Calamy et de toute la bande. C'est un truc qui est plus grand que nous tous, mais dont on est tous une partie. »
Le succès rencontré par les deux actrices en dehors de la série la bouleverse personnellement. « Ce sont mes amies. Je les aime, on a grandi ensemble. Pour nous tous, c'est un truc qu'on a vécu en même temps. Je pense qu'on est fiers les uns des autres », confie-t-elle. Elle souligne que « la définition d'un bon personnage, c'est quand même une bonne partition et une bonne interprétation ».
Dans le film, elle a choisi de mettre Camille Cottin et Laure Calamy « toutes les deux au cœur de l'action », créant « ce binôme comique qui était peu exploité au départ ». Elle décrit l'une comme « la maladroite, toujours en quête de reconnaissance, un peu affective », et l'autre comme « hyper bossy, snob, autoritaire, mais aussi très passionnée ». Un duo dont les « natures comiques vont très bien ensemble ».
George Clooney, une superstar « charmante » et accessible
Le tournage avec George Clooney a été un moment fort. « On avait décidé de voir grand et d'inviter une superstar américaine », explique Fanny Herrero. L'acteur, fan déclaré de la série, a d'abord refusé une première version du scénario, avant d'accepter la seconde, écrite spécialement pour lui. « Il a accepté la deuxième version conçue pour lui, puis nous a aidées à écrire sa scène », révèle-t-elle.
Sur le plateau, l'acteur a su mettre tout le monde à l'aise. « C'est un homme charmant. Pourtant, le jour où il est venu sur le plateau, l'atmosphère était différente. Il n'est pas intimidant. Il met tout le monde très à l'aise. Il n'arrive pas du tout en méga star », assure-t-elle. « On a vraiment l'impression qu'il est des nôtres. »
Une représentation de l'homosexualité « jamais militante »
Fanny Herrero revient également sur l'importance de la série dans la représentation de l'homosexualité. « Dix pour cent devait être une fenêtre pour parler de la société au sens large », rappelle-t-elle. « L'homosexualité, ça existe et tout le monde s'en fout. Donc, on a décidé de faire comme ça dans la série, de faire que ça existe et que tout le monde s'en foute. »
Un choix qui était « assez neuf à cette époque », mais qui lui semblait évident : « C'était évident d'aller là-dedans, de manière très simple, jamais démonstrative, jamais militante. C'est incarné dans le parcours des gens. On voit juste des humains qui vivent des trucs. »
Une fierté personnelle et une profession mieux reconnue
Pour sa première création, Fanny Herrero mesure le chemin parcouru. « C'était ma première création. Avant ça, j'étais scénariste depuis assez longtemps, mais je travaillais au service des autres », se souvient-elle. « C'est moi qui ai posé les bases de tout ça. Et de voir ce que c'est aujourd'hui, c'était complètement impossible à imaginer. »
Elle se dit fière de voir la série « voyager », être « adaptée à l'étranger » et provoquer « toujours autant de joie, de désir de la part du public ». « On ne peut pas avoir de meilleurs cadeaux, quand on écrit, que de se rendre compte que ça touche les gens », conclut-elle.
Interrogée sur la place des scénaristes dans l'audiovisuel, elle estime que « ça change un peu quand même, heureusement », notamment grâce aux séries. « Les séries ont permis de reconnaître cette profession, de la mettre en valeur, parce qu'elles mettent vraiment en avant un art de l'écriture. Je pense que ça a permis, à ma génération, notamment, d'être un petit peu plus reconnue et exposée. »



