Au Festival d'Annecy, la question de la répétition des formules à succès dans le cinéma d'animation est au cœur des débats. Alors que Toy Story 5, Des Minions et des monstres et d'autres franchises dominent le box-office, des cinéastes défendent la nécessité de créer des univers originaux pour préparer les succès de demain.
Un équilibre entre innovation et rentabilité
Enrico Casarosa, réalisateur de Luca et de Nero, chat noir, souligne : « Il faut bien commencer par créer des concepts originaux si on veut voir fleurir les franchises de demain mais il est certain qu'il est plus risqué de ne pas s'appuyer sur des concepts déjà appréciés du public. » Cette déclaration reflète le dilemme des studios : investir dans des projets inédits ou capitaliser sur des univers éprouvés.
Pierre Coffin, co-créateur des Minions, tempère cette vision : « Retravailler avec des personnages bien connus n'est pas obligatoirement un signe de manque d'imagination. Cela peut pousser à essayer de se surpasser pour ne pas décevoir le public, surtout si on vous laisse une liberté suffisante pour tirer parti de vos idées. » Son film Des Minions et des monstres, coréalisé avec Patrick Delage, rencontre un grand succès en salles, porté par un merchandising massif autour des célèbres gélules jaunes.
Pixar et Disney : concilier héritage et renouveau
Pete Docter, directeur artistique chez Pixar, explique la stratégie du studio : « Nous essayons de concilier les deux. Nous sommes fiers de continuer à faire exister nos personnages mais cela ne nous empêche pas de lancer des choses nouvelles. C'est un équilibre à trouver entre l'ancien et le nouveau même si reprendre une franchise ne signifie pas qu'on est moins créatifs. » Toy Story 5 aurait pu lasser, mais Pixar mise aussi sur des projets inédits comme Nero, chat noir, attendu le 3 mars prochain.
Chez Disney, Fawn Veerasunthorn et Jason Hand adoptent une approche similaire avec Billie à la croisée des mondes, sortie prévue le 2 novembre. « Nous sommes amoureux d'animation en général et des films Disney en particulier, déclare Veerasunthorn. Cela nous permet d'évoluer sur un terrain familier tout en apposant une touche personnelle forte dans un univers féerique. L'idée est d'attirer le spectateur vers quelque chose qu'il croit connaître puis de le surprendre ensuite. »
Le risque créatif et l'imprévisibilité du succès
Brad Bird, réalisateur des Indestructibles et de Ray Gunn, rappelle que « la beauté et la fragilité de nos métiers, c'est que le succès n'est pas prévisible, mais il est certain qu'il est plus facile de financer une suite des Indestructibles qu'un film noir animé comme Ray Gunn. » Bird a dû se battre pendant des années pour faire produire son projet fétiche, finalement adopté par Netflix. « Il faut se battre pour faire exister des œuvres personnelles. C'est le cas pour tout le monde y compris pour un réalisateur réputé comme moi. »
En France, des parcours similaires
Louis Clichy, réalisateur français, a alterné entre franchises (Astérix : Le Domaine des dieux et Astérix : La Potion magique, cosignés avec Alexandre Astier) et projet personnel (Le Corset, coproduit par Astier). « Les deux sont satisfaisants, chacun à sa façon, dit-il. J'aurais sans doute eu plus de mal à monter Le Corset si je n'étais pas fait connaître avec Le Domaine des dieux et Astérix et la Potion magique. » Le Corset, qui a reçu le Prix du Jury dans la section Un certain regard à Cannes, sortira le 14 octobre. Cette aventure poétique et semi-autobiographique d'un fils d'agriculteur contraint de porter un corset orthopédique pourrait le mener aux Oscars.
Comme l'ont prouvé l'an passé Amélie et la Métaphysique des tubes de Maïlys Vallade et Liane-Cho Han, et Arco d'Hugo Bienvenu, les films d'animation peuvent avoir de belles carrières en dehors des franchises. Brad Bird conclut : « C'est exactement la même chose que pour les longs métrages en prises de vues réelles dont les suites se multiplient parfois de façon déraisonnable. Il ne faut pas oublier que l'animation n'est qu'un médium et que ces films sont avant toute chose du cinéma ! »



