Après des premiers jours dominés par les productions françaises, l’Espagne entre en lice ce samedi avec sa star des stars, Javier Bardem. Comment ça va ? « Déjà crevé ! » C’est la réponse qu’on entend chaque année au troisième jour du festival, qui, des jours, en compte treize. Le tourbillon n’en est qu’à ses débuts.
Le cinéma français en force
Le cinéma français a dominé cette première séquence. Les productions hexagonales – « La Vénus électrique », « L’Abandon », « La Vie d’une femme » – ont été bien accueillies, tout comme les coproductions internationales dans lesquelles des sociétés françaises jouent un rôle pivot, comme « Histoires parallèles », de l’Iranien Asghar Farhadi, film ample et exigeant qui rassemble à peu près la moitié de nos stars nationales. Isabelle Huppert, Virginie Efira, Catherine Deneuve, Vincent Cassel, Pierre Niney… En salles depuis jeudi.
L’Espagne aussi est bien représentée dans cette sélection, avec trois films en compétition, sur 22. Dont le dernier opus de Pedro Almodóvar, qui sera dévoilé mardi prochain 19 mai, et, ce samedi 16, « L’Être aimé », huitième long-métrage de Rodrigo Sorogoyen, 44 ans, trois ans après le très remarqué « As bestas ».
Un réalisateur démiurge
Cette fois, il parle de cinéma, d’une certaine manière de le faire, aujourd’hui contestée, quand le réalisateur régnait en démiurge sur les tournages. Esteban Martinez (Javier Bardem), cinéaste quinquagénaire, n’est pas si âgé. Mais son comportement, à la fois génial et tyrannique, l’arrime à cette vieille tradition.
Il revient en Espagne pour tourner son nouveau film, et en offre le premier rôle à sa fille Emilia (Victoria Luengo), après treize ans de brouille. Mais la réconciliation vire à la confrontation. À travers eux s’opposent deux générations, deux âges du cinéma. Un récit captivant et profond, ponctué de scènes sous haute tension, porté par deux acteurs principaux époustouflants.
« Il est conscient du fait qu’il a quelque chose d’intimidant, et ça l’incommode », explique à « Sud Ouest » Rodrigo Sorogoyen. « Autre surprise : il multiplie les prises très différentes, parfois formidables, parfois pas. Il cherche en permanence, se moque d’être mauvais, ne craint pas de se planter, c’est un sacré signe de liberté. »
Javier Bardem, géant du cinéma
Une habitude pour Javier Bardem, 57 ans. Il sera la star du week-end à Cannes. Quintessence rare de la virilité et de l’ambiguïté, figure du macho travaillé par mille contradictions, il est un géant du cinéma. « Jambon, Jambon », « Avant la nuit », « No Country for Old Men », « Skyfall », « Dune »… Pas un « monstre sacré » : cette expression qui fleure la domination et suppose un statut à part ne convient sans doute pas à cet artiste très engagé dans son époque. Contre Trump, pour les Palestiniens, pour #MeToo…
On aurait aimé le rencontrer mais il accorde peu d’interviews. On l’a juste croisé dans un hôtel. Massif, nez cabossé, aussi discret qu’impressionnant. « Ce qui m’a le plus étonné en travaillant avec lui, c’est qu’il fait le clown sans cesse sur le tournage. Il plaisante beaucoup pour détendre l’atmosphère, car il est conscient du fait qu’il a quelque chose d’intimidant, et ça l’incommode », souligne le réalisateur.
Ce week-end, « L’Être aimé » devrait propulser Javier Bardem en pole position des favoris pour le prix d’interprétation masculine. « L’Être aimé », durée 2 h 15, sortie le 16 mai.



