Publicité Festival de Cannes 2026 : avec « Le Vertige », Quentin Dupieux met en scène Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un drôle de jeu de miroirs
Présenté à la Quinzaine des cinéastes, le film d’animation de Quentin Dupieux, « Le Vertige », nous a réjouis. Comédie existentielle, réflexion à l’humour absurde, avec une animation 3D minimaliste, qui fait sacrément la nique aux nouvelles technologies !
Il nous avait déjà pondu un pneu serial killer, une mouche géante braqueuse de banque, un blouson en daim qui rend fou, des super-héros anti-tabac... Alors quand Quentin Dupieux met en scène Alain Chabat et Jonathan Cohen en version 3D animée pour s’interroger sur la réalité de leur existence, on ne s’étonne même plus ! Dans Le Vertige, présenté à la Quinzaine des cinéastes, le duo se rend compte qu’ils sont en fait situés dans une vaste simulation, où la fausse réalité connaît parfois de sacrés bugs ! Y compris lorsqu’un bébé (enfanté par Anaïs Demoustier, qui n’échappe pas non plus à son double 3D) naît d’un coup après la perte des eaux, sans même couper le cordon !
Une fois de plus, ce drôle de Mr Oizo [son pseudo de musicien, ndlr] use et abuse de l’humour absurde pour nous interroger plus profondément qu’il n’y paraît. Même s’il s’amuse aussi sur la forme avec ces personnages numérisés en mode imparfait, qu’on dirait tout droit sorti des SIMS. Un univers « PlayStation » qui nous a tout de suite séduits. Et un vrai parti pris !
« La perfection, c’est emmerdant »
« Et dire qu’une poignée de gens pense que c’est parce qu’on a manqué de moyens et qu’on n’a pas réussi !, se marre Quentin Dupieux sous sa barbe de bûcheron. Cette image-là est pleine d’émotion et de nostalgie car elle me rappelle mes jeux vidéos de l’enfance. Et puis la perfection, c’est emmerdant, alors que là, il en émane un charme désuet. C’est un peu mal fait mais c’est comme ces trucs à la pâte à modeler, c’est touchant ! »
« Lorsque Quentin m’a expliqué l’idée de base, deux amis avec ce look improbable qui se demandent soudain s’ils ne sont pas dans une vaste simulation, j’ai trouvé ça hilarant dès le départ », approuve Alain Chabat qui n’est jamais le dernier à « déconner ». Il faut dire aussi que lorsqu’on a soi-même imaginé un chien qui se retrouve dans la peau d’un humain (Didier, 1997) que l’on doit éduquer pour qu’il ne « sente pas le cul » des gens, ou un père Noël vert qui vient sur terre chercher des cachetons pour soigner ses lutins (Santa et Cie, 2017), on a aussi des arguments pour se connecter à l’univers Dupieux !
« C’est vrai qu’il y a des endroits où on se retrouve », reconnaît aisément Alain Chabat, qui a quand même titré un jour un de ses films Rrrrrr. « Tout est ludique et léger avec Quentin, même quand il évoque des choses troublantes, graves, ou qu’il remet en question notre époque et ses comportements. »
« Ça mouline non-stop dans mon cortex »
Dans le film, Bruno (Jonathan Cohen, au mieux de sa « forme » lui aussi) chambre Jacques (Alain Chabat) parce qu’il n’a pas vu Matrix. Il est vrai que Le vertige pourrait en être une version comique et déjantée. « Quand je l’ai vu pour la première fois (si, si, il l’a bien vu, en vrai !), je me suis pris une claque comme tout le monde, il y a eu un avant et un après Matrix », souffle Alain. Quant au « matrix reptilien » de Quentin Dupieux, il semble en perpétuelle ébullition tant ses films s’enchaînent à un rythme effréné. Parfois presque en simultané (Full Phill, avec Woody Harrelson et Kristen Stewart, a également été sélectionné au Festival de Cannes) !
« Je fais trop de films, mais ça mouline non-stop dans mon cortex ! », assume Quentin Dupieux, qui précise avoir encore mille et une idées de film en magasin. « David Lynch l’expliquait très bien : les idées sont comme des poissons, et les créateurs sont toujours à la pêche… »
« Moi, souvent, l’idée me tombe dessus quand un truc m’énerve. Je me dis par exemple, “oh la la, comment on peut encore parler aux gens comme ça !”, et ça fait un film », pointe Alain Chabat, en pleine écriture d’un nouveau long-métrage « top secret ».
« Miroir, miroir… »
En attendant, ces deux-là se sont prêtés avec plaisir à ce jeu de dupes, qui donne Le vertige. Qui sont les vrais Quentin et Alain, de l’autre côté du miroir ? « Ça, je n’ai pas la réponse, mais je suis toujours un peu angoissé quand je me regarde trop longtemps dedans. », souligne Dupieux. « Moi, quand j’étais gamin, j’avais un peu peur mais j’étais attiré par un vieux miroir au verre un peu poli. J’imaginais qu’il pouvait absorber les gens et contenir des fantômes ! », souffle Chabat. Bigre !
L’interview finie, Quentin et Alain s’en vont vers d’autres obligations. À nouveau seul, on se surprend tout à coup à vérifier qu’il n’y a pas de « bugs » alentour. À se pincer un peu, même. Aïe, ce n’était pas qu’une vaste simulation !



