Noé Boon et Richard Sears : l'art délicat de la bande originale de "Mémoire de fille"
B.O. de "Mémoire de fille" : l'art délicat de Noé Boon et Richard Sears

Publicité Festival de Cannes 2026 : « Ne jamais déranger, ou gêner le visionnage », Noé Boon et Richard Sears expliquent l’art délicat de la B.O.

Avec son compère le pianiste américain Richard Sears, avec lequel il forme le duo Faux Amis, Noé Boon signe la B.O. de « Mémoire de fille » réalisé par sa mère, Judith Godrèche. Un exercice délicat et un travail en famille.

Amélie Maurette (Journaliste)
CRÉÉ LE 20 mai 2026 • 15:00
MIS À JOUR LE 20 mai 2026 • 15:00

Richard Sears et Noé Boon, le duo Faux Amis, signent la bande originale de « Mémoire de fille », réalisé par Judith Godrèche.

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Le film « Mémoire de fille », adaptation du livre d’Annie Ernaux par Judith Godrèche, présenté à Cannes en section Un certain regard, est aussi une affaire de famille. La mère derrière la caméra, la fille devant (Tess Barthélémy, fille de Judith Godrèche et Maurice Barthélémy, incarne Annie) et le fils à la bande originale. Avec son complice le pianiste américain Richard Sears, avec lequel il forme le duo Faux Amis et qui fait lui aussi « un peu partie de la famille », Noé Boon (fils de Judith Godrèche et Dany Boon) a mis en musique ce film fort, qui évoque des sujets parfois douloureux et navigue entre plusieurs émotions et plusieurs époques. Plusieurs univers sonores donc, aussi.

Et un équilibre à trouver, pour « ne jamais déranger, ou gêner le visionnage », insistent les musiciens, encore chamboulés par la projection de la veille en présence de l’autrice et prix Nobel de littérature qui a « trouvé un mot en sortant du film : émotionnant ».

« L’improvisation, c’est une partie essentielle de notre travail avec la réalisatrice »

Pour garder l’émotion intacte, du livre d’abord, du film ensuite, « on a d’abord eu beaucoup d’échanges avec Judith, sur l’univers musical qui l’inspirait avant le film. Moi, j’étais sur le tournage, dans cette espèce de bâtiment énorme, c’était très immersif et inspirant », explique Noé Boon, que l’on retrouve avec son binôme, au Jardin Croisette, l’un des espaces de la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) au Festival de Cannes. « On a aussi beaucoup travaillé ensuite, du tac-au-tac, avec elle et le monteur Guillaume Lauras, on s’échangeait des vocaux, pour trouver l’équilibre, ajuster, parfois refaire le jour même. »

Un travail d’impro presque, qui n’a pas déboussolé les deux musiciens, passés par l’école du jazz. « L’improvisation, c’est une partie énorme, nécessaire de la création musicale, et une partie essentielle de notre travail avec la réalisatrice, on a l’image, on est à nos instruments, et on réagit sur le moment », ajoute Richard Sears, qui a entre autres accompagné les jazzmen Joshua Redman ou Ravi Coltrane.

Entre compositions, enregistrées avec des musiciens de jazz, et titres existants - de Brassens à Portishead - Noé Boon et Richard Sears, avec Thibault Deboaisne à la supervision musicale, ont concocté une bande originale tout en retenue. « Ma mère nous a toujours dirigés dans cet équilibre. Il fallait qu’on accompagne Annie. »

Le duo insiste sur l'importance de la discrétion : la musique doit servir le récit sans jamais l'écraser. Une philosophie qui a guidé chaque note, chaque silence. Le résultat est une partition sensible, qui épouse les fluctuations émotionnelles du film, de la mélancolie à l'espoir.

« Mémoire de fille » est une œuvre intime, et sa bande originale en est le reflet. Noé Boon et Richard Sears ont su créer un univers sonore qui transporte le spectateur dans l'univers d'Annie Ernaux, sans jamais le brusquer. Un véritable tour de force.

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