Adèle Haenel, comédienne et militante de 37 ans, publie son premier livre, Viser juste (Éd. L’Arche), le 21 août 2026. Loin d’un simple manifeste ou d’un témoignage classique, l’ouvrage adopte une forme hybride et littéraire pour s’attaquer au « mur du déni », selon les propos de l’actrice rapportés par l’AFP.
Un livre écrit sur trois ans pour « reprendre ses esprits »
Adèle Haenel explique avoir voulu « slalomer » entre les genres littéraires et dans sa biographie pour retrouver du sens et réclamer la « dignité ». « Ce livre, c’est tout un chemin pour reprendre ses esprits quand on a été complètement embrouillée, massacrée », déclare-t-elle à l’AFP. Le projet a été mené pendant trois ans avec la metteuse en scène de théâtre Gisèle Vienne.
L’ouvrage ne vise pas à « clôturer quelque chose » mais à enquêter sur « la disparition de l’enfant » qu’elle était et sur « la construction du silence ». « Ce qu’on fait de sa propre vie, de sa propre âme, ce à quoi on décide d’accorder de l’importance, c’est ça qui m’intéresse », ajoute-t-elle.
Un contexte judiciaire marquant
Mi-avril 2026, le réalisateur Christophe Ruggia, qui a fait subir des attouchements à Adèle Haenel entre ses 12 et 14 ans, a été condamné en appel, mettant fin à un éprouvant combat judiciaire. Dans Viser juste, l’actrice ne nomme jamais Roman Polanski, mais le désigne comme « l’homme-ayant-reconnu-avoir-eu-un-rapport-sexuel-illégal-avec-une-enfant-de-13-ans-et-qui-a-été-par-la-suite-accusé-de-viol-par-de-nombreuses-femmes ».
« Prendre la parole sur les violences sexuelles a été cette ligne rouge très claire, un dernier pas avant de sauter vers je ne sais pas quoi, en tout cas hors du monde que je connaissais », écrit-elle. Elle ajoute : « Une fois de l’autre côté, j’ai eu envie de rire face à la taille de l’arnaque. Oui, le prix à payer est grand, mais ce qui est plus stupéfiant encore, c’est la force que cela m’a donnée ».
Un départ fracassant du cinéma
En 2020, quelques mois après avoir porté plainte contre son agresseur, Adèle Haenel quitte avec fracas la cérémonie des César et le cinéma, indignée de la récompense attribuée à Roman Polanski. Aujourd’hui, le cinéma ne l’intéresse plus, malgré une carrière marquée par deux César et des collaborations avec Céline Sciamma (Naissance des pieuvres, Portrait d’une jeune fille en feu), Thomas Cailley (Les combattants) ou Pierre Salvadori (En liberté).
Elle dénonce la mainmise de Vincent Bolloré sur l’industrie, qu’elle juge liée à l’extrême droite, et le traitement des femmes soumises à une « date de péremption ». « Mon personnage principal pendant ces années a été celui de la jeune première », écrit-elle. « Les grands hommes du cinéma ont arraché ce costume à celles avant moi qui avaient eu le mauvais goût de dépasser la trentaine – probablement ils leur ont craché à la gueule au passage ».
Un nouvel engagement au théâtre public
Adèle Haenel a trouvé dans le théâtre public, fragilisé par les coupes budgétaires, un « alignement entre forme artistique, réflexion philosophique et engagement politique ». « C’est ça qui me redresse, me donne du courage et de la joie aussi », affirme-t-elle. En 2025, elle a lu sur scène des textes de la militante féministe Monique Wittig.
« Bien sûr, j’ai quitté cette industrie, mais je n’ai pas disparu de ma propre vie », conclut-elle, soulignant que son travail artistique s’est « approfondi » en même temps qu’il est sorti des radars médiatiques.



