Hermann, monument de la bande dessinée belge, s'éteint à l'âge de 87 ans
Le monde de la bande dessinée est en deuil ce dimanche 22 mars avec la disparition d'Hermann Huppen, plus connu sous le simple prénom d'Hermann. L'auteur belge, figure historique du légendaire journal Tintin, est mort à Bruxelles à l'âge de 87 ans, laissant derrière lui une œuvre foisonnante qui a marqué près de soixante ans d'histoire du neuvième art.
Un créateur infatigable, dévoué corps et âme à son art
"Hermann ne cessait jamais de dessiner. Il mettait le dessin au-dessus de tout", confie avec émotion François Boucq, son ami et collègue. L'artiste venait justement de terminer un album avec son fils Yves et s'était attelé à la première planche d'un nouveau tome de sa série phare, Jeremiah. Cette passion inébranlable pour le dessin définissait l'homme, décrit par ses proches comme un être entier, parfois abrupt, mais profondément humain une fois la confiance établie.
Jean-Luc Castrec, ancien libraire et pilier du festival BD de Barsac en Sud-Gironde où Hermann était président d'honneur, se souvient : "C'était un idéaliste, un éternel insatisfait, un géant aux pieds d'argile. On ne peut séparer l'homme de son dessin, et Hermann était son dessin, avec toute sa sensibilité." François Boucq ajoute : "Les grands dessinateurs sont contraints à l'honnêteté. Hermann était un honnête homme."
Une carrière prolifique, de "Tintin" aux séries cultes
Hermann a pris son envol dans les années 1960 au sein du journal Tintin, aux côtés de Michel Régnier, alias Greg, qui lui confiera les séries fondatrices de sa renommée : "Bernard Prince" et "Comanche". Ces récits d'aventure aux approches adultes lui ont permis d'affirmer son style naturaliste et son amour pour la couleur directe. En 1977, il s'impose comme auteur complet avec Jeremiah, une saga post-apocalyptique puissante à laquelle il est toujours revenu avec ferveur.
Insatiable, il explore de nouveaux horizons avec la fresque médiévale Les Tours de Bois-Maury, puis entame une collaboration fructueuse avec son fils Yves H. Malgré son immense talent, Hermann a parfois souffert d'un manque de reconnaissance officielle. Il a fallu attendre 2016 pour qu'il reçoive le Grand Prix du Festival d'Angoulême, un hommage tardif mais mérité de la profession.
Un héritage durable et un dernier album à paraître
Avec Hermann disparaît une partie de la mémoire vive de l'âge d'or de Tintin, aux côtés de talents comme William Vance, Franz ou Dany. Son dernier album, "Cartagena", réalisé avec son fils, sortira en avril prochain aux éditions Le Lombard, offrant un ultime témoignage de son génie créatif. L'œuvre d'Hermann, traversée par un fil rouge d'idéalisme et d'honnêteté artistique, continuera d'inspirer les générations futures de dessinateurs et de lecteurs.



