Le monde de la bande dessinée en deuil après la disparition de Clément Oubrerie
Le dessinateur et bédéaste Clément Oubrerie s'est éteint le 1er mars dernier à l'âge de 59 ans, emporté par la maladie de Charcot. Cette disparition prématurée laisse un grand vide dans le paysage artistique français et international.
Une carrière prolifique et diversifiée
Né en 1966, Clément Oubrerie était le fils de l'architecte José Oubrerie, figure proche de Le Corbusier. Après des études à l'École supérieure d'arts graphiques Penninghen, il interrompt son cursus suite à un dépit amoureux et part vivre aux États-Unis, où son père s'était établi. C'est à New York, en travaillant dans un café, qu'il publie ses premiers livres destinés à la jeunesse, révélant déjà son trait léger et poétique, ses perspectives ambitieuses et sa maîtrise exceptionnelle de la couleur.
Le succès phénoménal d'Aya de Yopougon
De retour en France, sa rencontre avec Marguerite Abouet, une assistante juridique d'origine ivoirienne, va changer le cours de sa carrière. Ensemble, ils créent la série Aya de Yopougon, qui connaît un succès retentissant avec huit tomes traduits en dix-sept langues et plus de 800 000 exemplaires vendus. Cette œuvre, située dans un quartier populaire d'Abidjan, a marqué des générations de lecteurs par son authenticité et sa fraîcheur narrative.
Un héritage artistique considérable
Au-delà de cette série emblématique, Clément Oubrerie laisse à la postérité une œuvre imposante comprenant une cinquantaine de romans illustrés et une trentaine d'albums. Parmi ses réalisations notables figurent également deux livres consacrés aux amours de Voltaire, dont une scène mémorable montre le philosophe enterrant son père avec lequel il entretenait des relations conflictuelles.
Son style unique, caractérisé par un dessin à la fois précis et aérien, a influencé de nombreux artistes contemporains. La maladie de Charcot, qui l'a finalement terrassé, n'a pas entamé sa créativité jusqu'aux derniers moments, témoignant de son engagement total envers son art.
La disparition de Clément Oubrerie représente une perte immense pour le neuvième art français. Son œuvre, à la fois populaire et exigeante, continuera de rayonner à travers le monde, portant la voix d'une bande dessinée humaniste et généreuse.



