Une artiste iranienne partage son histoire traumatisante à travers la bande dessinée
Devant un auditoire presque exclusivement féminin, où l'émotion se dissimulait à peine derrière une fierté palpable, Mansoureh Kamari a dévoilé son œuvre intime à la bibliothèque des Capucins ce 13 mars. Âgée de 42 ans, cette artiste spécialisée dans le cinéma d'animation a choisi d'exposer au grand jour son parcours douloureux : une jeunesse opprimée en Iran, suivie d'un exil difficile et d'une renaissance créative en France.
Une bande dessinée conçue comme un story-board d'animation
Intitulée « Ces Lignes qui tracent mon corps », sa bande dessinée éditée par Casterman et publiée en septembre 2025, explore une existence « très difficile à écrire avec les mots ». Conçue comme un véritable story-board d'animation, l'œuvre sert de support à une démarche profondément cathartique pour l'autrice.
Invitée d'honneur du festival féministe Wow qui se tenait à Bordeaux du 10 au 15 mars, Mansoureh Kamari a captivé son public, principalement composé de jeunes femmes attentives. Elle a expliqué avec une concision remarquable comment les pages dessinées ont tracé le chemin de sa libération personnelle.
Un échange poignant avec le public
L'une des lectrices l'a interrogée sur « la fille piégée qu'elle était en Iran » et les mécanismes de son émancipation. L'artiste, visiblement ravie, a ensuite dédicacé son ouvrage qui a laissé une impression durable sur les festivaliers. La présentation s'est déroulée dans une atmosphère à la fois admirative et recueillie.
Un parcours d'exil et de reconstruction
Sixième et dernière enfant d'une famille de classe moyenne iranienne dominée par un père tyrannique, Mansoureh Kamari a connu des épreuves précoces. « J'étais mariée à un homme emprisonné pour la publication d'un dessin », confie-t-elle. « À sa libération, nous avons dû fuir en exil, peinant à trouver un pays acceptant de nous accueillir en tant que réfugiés politiques. »
La France leur a finalement accordé cette reconnaissance cruciale. C'est dans ce pays qu'elle a travaillé comme modèle nu, expérience qu'elle intègre dans sa bande dessinée. « Je n'ai pas eu de problème à poser nue lors de séances artistiques. J'ai expérimenté le regard des autres sans malaise. Pour moi, il était bien plus dur de raconter mon passé. Mon corps ne représente rien de moi, mes cicatrices ne se voient pas », explique celle qui, jeune fille dans l'Iran des années 1980-2000, n'avait même pas le droit de laisser dépasser une mèche de cheveux de son voile.
La situation iranienne actuelle, un sujet douloureux
La discussion a naturellement évoqué la réalité iranienne contemporaine, avec une pudeur caractéristique. « En ce moment, c'est très difficile d'être en contact avec ma famille, avec ma mère », partage Mansoureh Kamari. La population iranienne, privée de moyens de communication efficaces, reste largement coupée du monde extérieur. Dans ce contexte, sa bande dessinée n'existe tout simplement pas sur le territoire iranien, ajoutant une dimension supplémentaire à son témoignage.



