Ce jeudi 27 août, le hall de Carré d'Art à Nîmes s'est transformé en un immense échiquier. Dans le cadre du festival Apogée, Veselin Topalov, champion du monde FIDE en 2005 et ancien numéro un mondial, a affronté simultanément 20 joueurs, de l'enfant à l'adulte amateur. Une rencontre spectaculaire, mais surtout humaine.
Une simultanée sous haute tension
Topalov avance, serre une main, joue un coup et repart déjà vers l'échiquier suivant. Dans le silence presque religieux du hall, il n'a pas le temps de s'attarder. Face à lui, vingt adversaires attendent leur tour. Vingt parties en parallèle, vingt positions à mémoriser, vingt pièges à éviter. Le Bulgare démarre à vive allure. À chaque table, même rituel : une poignée de main, un pion blanc déplacé, puis il file vers le suivant.
Dans le public, les conversations se font à voix basse. Ici, le moindre bruit semble pouvoir déranger la réflexion des joueurs. Les participants ont été réunis sans sélection. La liste s'est remplie immédiatement, avec des niveaux et des âges très différents. Parmi les joueurs, plusieurs enfants d'une dizaine d'années côtoient des adultes aguerris.
Des enfants face à un champion
« C'est très symbolique d'avoir justement cette jeunesse qui joue aux échecs, qui s'exprime face à un champion du monde. Pour eux, c'est quand même quelque chose d'important », estime Bruno Maugin, membre de l'organisation du festival Apogée. Au terme de deux petites heures, les premiers échiquiers tombent. Raphaël est le premier à s'incliner. « J'ai fait une erreur assez tôt et je le paie très cher », reconnaît cet entraîneur d'échecs qui pratique depuis plus de vingt ans.
Topalov, lui, enchaîne les victoires. Mais à mesure que les parties avancent, son rythme ralentit. « Certaines positions sont devenues très typiques, et il est facile de jouer rapidement », explique-t-il. Pour autant, il reste prudent : « Le problème avec le sport, c'est que parfois une simple erreur suffit pour perdre. »
« Je suis là pour apprendre »
Sur l'un des derniers échiquiers encore en activité, Jérémy résiste. Venu de Paris pour le tournoi, il joue sans complexe. « Je joue comme si j'étais dans une vraie compétition, au maximum de mon niveau », explique celui qui revendique « un bon niveau amateur ». Face à Topalov, il ne cherche pas à jouer petits bras : « Je suis là pour apprendre et progresser. Il n'y a pas mieux. »
Autour d'eux, les spectateurs se sont rapprochés. Le duel s'éternise. Les deux hommes n'ont bientôt plus qu'une tour, leurs rois et quelques pions. Topalov propose finalement la nulle. Jérémy accepte, même s'il pense qu'une autre issue était encore possible. À la fin de chaque partie, le champion signe le carnet – où étaient notés les coups joués – de son adversaire. Une signature qui peut aussi prendre la forme d'un petit autographe, comme souvenir d'une matinée pas comme les autres.
Les échecs au cœur de la ville
Cette simultanée résume l'ambition du festival Apogée, dont la première édition se déroule jusqu'au 30 août à Caissargues : sortir les échecs de leur cadre traditionnel et les faire dialoguer avec le territoire. « L'objectif est véritablement de donner un vrai engouement pour les échecs », insiste Bruno Mangin. Une ambition renforcée par l'arrivée d'une nouvelle génération de joueurs, portée notamment par Internet et la série Le Jeu de la dame.
Parmi eux, Karson Lu, neuf ans, venu de Vancouver, déjà champion du Canada, d'Amérique du Nord et du monde scolaire dans sa catégorie. Autour des échiquiers, le petit prodige observe. Face à lui, un champion du monde. Et, à Carré d'Art, pendant quelques heures, les générations se retrouvent autour du même plateau.



