Mémoire : Quand Maurice Béjart offrait son « Histoire du soldat » en exclusivité à La Rochelle
Mémoire : Béjart à La Rochelle avec « Histoire du soldat »

Un événement culturel exclusif à La Rochelle en avril 1983

Du 5 au 7 avril 1983, la Maison de la culture de La Rochelle a accueilli en exclusivité Maurice Béjart et son prestigieux Ballet du XXe siècle pour une série de représentations exceptionnelles. Le chorégraphe de renommée mondiale y présentait une version revisitée et profondément personnelle de « L'Histoire du soldat », le mélodrame musical composé par Igor Stravinsky en 1917 sur un texte de Charles-Ferdinand Ramuz.

Des liens d'amitié à l'origine de cette exclusivité

La présence exclusive de Maurice Béjart à La Rochelle ne devait rien au hasard. Elle s'expliquait par les solides liens d'amitié que le chorégraphe avait tissés avec Colette Feytis Milner, figure marquante de la danse locale. Cette dernière avait créé la section de danse classique au Conservatoire de La Rochelle dès 1957 et avait présenté à Béjart quatre danseurs exceptionnels, tous originaires de Charente-Maritime et membres éminents de sa compagnie.

Parmi ces talents locaux figuraient Michel Gascard, son propre fils et soliste du ballet, ainsi que Sophie Baule, Catherine Sarrelangue et Pascal Sani. Cette connexion humaine et artistique explique pourquoi Béjart a choisi La Rochelle pour dévoiler sa vision particulière de cette œuvre.

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Une adaptation chorégraphique ambitieuse et symbolique

Inspirée d'un conte russe traditionnel, « L'Histoire du soldat » raconte le destin tragique d'un soldat pauvre qui vend son âme au diable contre un livre lui permettant de prédire l'avenir. La conclusion est sans appel : le soldat finit ses jours en enfer. Pour son adaptation, Maurice Béjart a opté pour une approche novatrice où les danseurs endossaient simultanément les rôles d'acteurs et de narrateurs.

La distribution était remarquable : Yann Le Gac assurait la récitation, Michel Gascard incarnait le diable avec une intensité notable, tandis que le personnage du soldat, découpé en trois entités distinctes, était interprété par Gil Roman, Philippe Lizon et Sandi Gorostidi. Dans une interview accordée au journal Sud Ouest, Béjart justifiait son choix artistique : « Je trouve que cette œuvre est méconnue en France. Elle est considérée comme mineure. Or, je la juge très riche, dotée d'une grande force poétique, bouleversante de vérité. Et musicalement très belle. »

Un hommage poignant à Nijinski

Le chorégraphe a également révélé que cette adaptation constituait un hommage profond à Vaslav Nijinski, le légendaire danseur dont la raison avait sombré à cause de la guerre et qui poursuivait un amour insaisissable. La dimension émotionnelle et historique de l'œuvre était ainsi renforcée par cette référence à l'un des plus grands noms de la danse du XXe siècle.

La mise en scène était confiée à Jean Babilée, ami de longue date et danseur émérite de Béjart. À 60 ans, Babilée assurait également la première partie du spectacle avec « Life », une pièce que Maurice Béjart avait créée spécialement pour lui en 1979. Ce numéro se présentait comme un émouvant duo interprété avec Maria Galante, ajoutant une couche supplémentaire d'intensité à la soirée.

Un accueil triomphal du public rochelais

Le public de La Rochelle a réservé un accueil particulièrement chaleureux à ce spectacle exceptionnel. François Blazy, critique du journal Sud Ouest, écrivait le 7 avril 1983 : « Le public rochelais a réservé à Maurice Béjart et à ses danseurs un accueil triomphal, si l'on veut bien considérer ce qualificatif sous un angle charentais, c'est-à-dire traditionnellement débarrassé de tout excès. » Cet éloge mesuré mais sincère témoigne de la qualité de la représentation et de la connexion établie entre les artistes et leur auditoire.

Cet événement culturel majeur du printemps 1983 reste gravé dans la mémoire collective de La Rochelle et de la région. Il illustre parfaitement comment des relations humaines authentiques peuvent donner naissance à des moments artistiques uniques, marquant durablement le paysage culturel local.

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