Après moi, le déluge : (La) Horde dévoile sa nouvelle création à Montpellier
(La) Horde présente sa nouvelle création à Montpellier Danse

Le collectif (La) Horde, figure de proue de la danse contemporaine française, a offert la primeur de sa nouvelle création Après moi, le déluge lors de la 46e édition du festival Montpellier Danse. Soutenue par l'écrivain culte Alain Damasio, cette pièce ambitieuse et engagée a été diversement reçue : beaucoup d'applaudissements, mais aussi des critiques et quelques huées.

Un collectif branché et connecté

Formé par les plasticiens Marine Brutti et Jonathan Debrouwer et le chorégraphe Arthur Harel, (La) Horde est à la tête du Ballet national de Marseille depuis 2019. Le collectif a signé les chorégraphies de la tournée Lux de Rosalía, du Celebration Tour de Madonna, des scènes dansées du film L'amour ouf de Gilles Lellouche, et du clip What you want d'Angèle avec Justice. « C'est sans doute ce qui se fait de plus branché aujourd'hui en France, dans la danse contemporaine, mais aussi de plus connecté à sa jeunesse, ses codes numériques, ses imaginaires sensibles, ses colères politiques », souligne l'article.

Une trilogie avec Room with a view et Age of content

Après moi, le déluge forme une trilogie avec Room with a view (2020) et Age of content (2023). Arthur Harel explique : « On a la chance d'évoluer dans un espace expérimental permis par le cadre dans lequel on évolue, c'est-à-dire le centre chorégraphique national de Marseille. On a un espace de liberté presque psychanalytique qui nous permet d'être en prise avec le monde, sans obligation de délivrer un message rentable. » Marine Brutti ajoute : « On traverse une vingtaine de thèmes dans le spectacle : le biohacking, la course vers la jeunesse éternelle, la révolte, l'attention à l'autre, la prise de pouvoir sur les corps… On essaie de guider le spectateur à travers cette sorte de fable contemporaine. »

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Le regard extérieur d'Alain Damasio

Pour cette création, (La) Horde a fait appel à Alain Damasio, écrivain de science-fiction français auteur de La zone du dehors, La horde du contrevent et Les furtifs. Damasio raconte : « J'ai été avec eux dès le tout début du processus de création et mon rôle a consisté à susciter des pistes, des possibilités, des solutions. » La pièce est née d'un regard prospectif sur le monde laissé à la nouvelle génération, entre dérèglement climatique, pandémie néofasciste et révolution de l'IA générative. Damasio explique : « Quand tu es de la jeune génération, tu vois tout ça et tu te dis “bon, je vais essayer de me débrouiller avec ça, sauver ma peau, et après moi, le déluge”. Le spectacle s'est fait un peu en réaction à ça. »

Des tableaux clippesques et allégoriques

La pièce commence avant même que le public n'ait pris place : derrière un rideau translucide, les danseurs figurent une foule zombiesque. Puis, le rideau se lève sur une succession de tableaux clippesques, envisagés comme des apologues et allégories. Les danseurs creusent un nid circulaire dans le plancher, une caméra capte leurs sourires qui deviennent féroces puis flippants. Le plancher se soulève pour révéler les moulures d'un temple effondré, avec un bain de jouvence où baignent trois ancêtres. Deux silhouettes interrompent un rituel anthropophage pour une alternative nécromantique.

Un appel au réveil sur fond de techno-metal

Sur une musique techno-metal syncrétisée par Pierre Aviat, où l'on entend l'injonction « wake up » du morceau Chop suey! de System of a Down, les danseurs exécutent un ballet ultra puissant, inspiré du dabkeh, danse de groupe traditionnelle réinvestie par la jeunesse proche-orientale. Le spectacle continue de muter : sous une fine pluie et dans une ambiance sonore de nature, une nouvelle humanité hybridée avance, avec jambe de pachyderme, queue de lémurien ou allure volatile.

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Une fin à parfaire selon Damasio

Alain Damasio n'est pas pleinement satisfait de la fin : « Elle est trop floue. Elle devrait porter plus vers l'utopie que la dystopie. Personnellement, je considère que la fin d'un roman, d'une œuvre, c'est le cadeau que l'on offre à notre lecteur, notre spectateur. Comme nous l'enseigne Spinoza, la tristesse est un abattement qui facilite l'obéissance alors que la joie est une résistance en soi, et inspire à l'action. »