Le cinéaste Arnaud Desplechin et l'acteur Hippolyte Girardot entretiennent une relation de travail singulière, faite de séduction réciproque et de confiance absolue. Cette complicité, qui s'est construite au fil de plusieurs collaborations, est au cœur d'un entretien croisé publié dans le cadre d'une série d'été du Monde.
Une rencontre décisive sur le tournage de Comment je me suis disputé...
Tout commence en 1996 sur le tournage de Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle). Hippolyte Girardot y incarne un personnage complexe, et Arnaud Desplechin, alors jeune réalisateur, découvre un acteur à la présence magnétique. « J'ai tout de suite été fasciné par sa manière d'habiter le personnage, par son intelligence du jeu », se souvient le cinéaste.
De son côté, l'acteur évoque une « évidence » dès la première rencontre. « Arnaud avait une façon de parler des personnages qui me touchait directement. Il ne cherchait pas à expliquer, mais à ressentir avec nous », confie Girardot. Cette première collaboration marque le début d'une longue histoire professionnelle.
Une méthode de travail fondée sur la confiance
Au fil des projets, leur méthode s'est affinée. Desplechin insiste sur l'importance de la répétition et de l'improvisation, deux éléments qu'il adapte à chaque acteur. « Avec Hippolyte, je sais que je peux tout tenter. Il est capable de surprendre, de sortir du cadre sans jamais trahir le texte », explique le réalisateur.
Girardot, lui, souligne la liberté que lui laisse Desplechin sur le plateau. « Il ne m'enferme jamais dans une interprétation. Il me fait confiance pour trouver la juste distance, pour explorer les zones d'ombre du personnage. » Cette confiance mutuelle leur permet d'aborder des rôles exigeants, comme celui du père dans Trois souvenirs de ma jeunesse (2015), où sa prestation a été saluée par la critique.
Une relation qui dépasse le simple cadre professionnel
Leur complicité ne se limite pas aux tournages. Les deux hommes partagent une amitié sincère, faite de longues conversations sur le cinéma, la littérature et la vie. « Nous nous retrouvons souvent en dehors des plateaux, pour discuter de nos projets, mais aussi de tout et de rien », raconte Desplechin. Cette proximité nourrit leur travail, chacun connaissant les goûts et les sensibilités de l'autre.
Pour l'acteur, cette relation est unique dans sa carrière. « J'ai tourné avec beaucoup de réalisateurs, mais avec Arnaud, il y a une forme de dialogue permanent, presque organique. C'est rare et précieux. » Cette alchimie a donné naissance à des films marquants, où la psychologie des personnages est explorée avec une acuité rare.
Leur dernière collaboration en date, En attendant la nuit, sortie en 2023, a confirmé la solidité de leur duo. Le film, qui aborde des thèmes intimes et douloureux, a été présenté en compétition officielle à Cannes et a reçu un accueil favorable de la presse. Girardot y livre une performance sobre et poignante, que Desplechin qualifie de « sommet de son art ».
À l'avenir, les deux complices ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin. « Nous avons déjà évoqué de nouveaux projets, mais rien n'est encore concret. Nous prenons notre temps, car la qualité prime sur la quantité », précise le cinéaste. Cette patience et cette exigence partagées devraient continuer à nourrir l'une des collaborations les plus fertiles du cinéma français contemporain.



