Trail : pourquoi l'ultra reste un sport de CSP+
Trail : l'ultra-trail reste un sport de CSP+

L'ultra-trail reste un sport réservé à un public aisé, malgré la viralité de la trend « on arrive » cet été. Alors que 6 millions de personnes pratiquent le trail en France, l'UTMB, qui s'élance ce vendredi de Chamonix, illustre par son coût d'inscription de 479 euros un certain entre-soi social, que des associations tentent de faire évoluer.

Un entre-soi persistant dans l'ultra-trail

Le sociologue Olivier Bessy, auteur de « Courir sans limites - la révolution de l'ultra-trail (1990-2025) » paru chez Cairn Editions en juin, résume la situation : « Il y a un certain entre-soi dans l'ultra-trail, davantage que dans le trail qui s'est féminisé et qui comprend beaucoup plus de tranches d'âge et de catégories sociales différentes. » Selon lui, « les groupes populaires se mettent encore des barrières sociales par rapport à l'ultra, qui reste réservé à un public à 90 % masculin, avec une grande majorité de CSP+, notamment sur les événements à forte notoriété où le ticket d'entrée coûte cher ».

Les 2 500 partants de l'UTMB ont dû payer 479 euros pour obtenir leur dossard, sans compter les frais de transport et d'hébergement. Un frein pour la démocratisation d'une discipline en pleine « métamorphose », avec désormais 6 millions de traileurs en France, dont « 1,5 million prend des dossards, contre 5 000 seulement il y a 25 ans », rappelle Olivier Bessy.

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Des marques dans les quartiers, mais un impact limité

Catherine Poletti, cofondatrice de l'UTMB en 2003, défend la démarche de l'événement : « On sait depuis le départ que notre sport est pratiqué par des quadras CSP+. Peu à peu, l'âge moyen des traileurs baisse et au-delà des tranches d'âge, on tient à montrer que la discipline est vraiment pour tous. L'un des projets qu'on imagine, pour les personnes qui n'ont pas un environnement facile, est de les aider à courir là où elles sont, de leur montrer comme le trail pourrait améliorer leur vie, grâce à notre fonds de dotation UTMB Cares. »

Mais la main tendue vient surtout des équipementiers, comme Adidas Terrex, qui sponsorise le Club Outdoor Alpin, créé en 2022 près d'Annecy. Son président, Ulrich Ndjike, observe : « Des marques sont entrées dans les quartiers, où on voit des jeunes porter des sneakers Salomon et North Face. Mais c'est davantage du business et du marketing qu'une véritable ouverture du champ des possibles. »

Des associations sur le terrain pour diversifier le trail

Ulrich Ndjike, coach sportif de 37 ans, mène un « travail de fond » avec son association pour sensibiliser les quartiers. « Ce qu'on veut plus que tout, c'est le vivre ensemble. Il faut des codes sociétaux dans la nature et on éduque nos jeunes dans ce sens. La montagne est un terrain de jeu oufissime et chacun doit y mettre du sien. » Il raconte l'histoire de Djibril, un jeune de 13 ans qui ne pratiquait que le football : « On a vite vu qu'il avait de grosses aptitudes physiques. » Quelques mois plus tard, Djibril a remporté le Marathon du Mont-Blanc dans sa catégorie d'âge, sur un format 4 km. « Il était un exemple fort pour notre projet, c'était une pépite du trail. On a planté une graine, on lui a donné un accompagnement et s'il est depuis retourné dans le foot, j'espère recroiser ce gamin en montagne. »

En région parisienne, l'association Apart, qui compte 250 adhérents, œuvre depuis une vingtaine d'années pour l'insertion des 18-25 ans par les sports de nature. Son directeur, Samir Souadji, explique : « On tient à créer de la mixité sociale et à casser ce chemin tout tracé qui conduit systématiquement les jeunes de quartier vers les sports de ballon ou de combat. Quand tu grandis dans le bitume, tu ne perçois pas à quel point la nature offre une liberté kiffante. »

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Des initiatives qui portent leurs fruits

Apart a ouvert une section trail avec une vingtaine de membres, gérée par Léo San Salvadore, 19 ans. Ce jeune de Montreuil confie : « Je ne peux plus me passer de courir. Jusque-là, surtout pour des raisons d'argent, la montagne n'était pas accessible à mes yeux. On redoutait un peu le regard des gens, le fait que ça ne soit pas notre monde. Mais en fait, le regard est le plus souvent bienveillant en montagne. » Léo s'entraîne cinq heures par semaine et vise un premier ultra en relais le 2 octobre sur l'Ultra-Trail des Montagnes du Jura (UTMJ), aux côtés de ses amis Wesley, Lina, Inès et de Louis Derrien.

Louis Derrien, connu pour son tour de France de 5 000 km en 155 jours avec son projet Courir pour toi, souligne : « L'engagement d'Apart me parle beaucoup car la course à pied peut tous nous rapprocher socialement dans un monde où on n'a jamais autant cherché à nous diviser. Au-delà de la performance, le trail permet de raconter des histoires. C'est un truc d'homme blanc CSP+ et on voit que la diversification n'est malheureusement pas encore trop là. Mais j'ai de l'espoir : il est important que le trail soit vraiment représentatif de ce qu'est la société française. »

Ulrich Ndjike pointe la responsabilité de l'Education nationale : « Appuyons-nous sur les modèles scandinaves ou suisses, utilisons nos territoires qui sont incroyables pour permettre à nos jeunes de pratiquer des sports dans la nature. » Il conclut : « On ne permet toujours pas ça dans les parcours scolaires. Résultat : on n'a aucun noir dans des disciplines comme le BMX, le VTT de descente ou le snowboard, car ça n'est pas dans le champ des possibles pour tous ces jeunes. »