François Zumbiehl explore l'anthropologie de la corrida dans ses chroniques
Zumbiehl décrypte l'anthropologie de la corrida

L'analyse anthropologique de la corrida par François Zumbiehl

Dans ses chroniques pour Sud Ouest, l'écrivain et anthropologue François Zumbiehl revient sur la genèse, le développement et les clés anthropologiques de la corrida. Il souligne que le cadre dans lequel se déroule une corrida n'est pas uniforme à travers le monde. Chaque lieu possède ses marques propres et son identité unique, créant une expérience distincte pour les aficionados.

Les souvenirs des arènes à travers le monde

Zumbiehl évoque le désir de l'aficionado de posséder le talent d'Ernest Hemingway pour, comme l'a fait l'écrivain dans Mort dans l'après-midi, ouvrir grand la porte de la mémoire et laisser s'échapper en un seul bouquet tous les souvenirs de ses pérégrinations. Ces souvenirs englobent l'Espagne taurine, mais aussi d'innombrables arènes en France et en Amérique latine.

Il mentionne des moments emblématiques comme le sixième taureau de la Jota à Saragosse, les goûters roboratifs dans les arènes du Levante et de l'Andalousie méditerranéenne. Ces pauses, peut-être des résurgences indirectes de la communion des fidèles après le sacrifice de l'animal, fonctionnent comme de véritables entractes, similaires à ceux du théâtre et de l'opéra.

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Zumbiehl s'interroge : que font ou pensent les toreros, obligés d'interrompre le rythme de leurs prestations et de cesser de se concentrer, sans pouvoir se reposer dans une loge comme les acteurs ? Il décrit également le joyeux désordre de la San Fermín, où, dans des arènes couvertes de blanc et de rouge, la vedette appartient en réalité aux peñas du soleil. C'est là que réside le spectacle, et les toreros doivent consentir un effort particulier pour capter les regards.

Le geste symbolique du sable

De tous ces gestes, paroles, attitudes et décors, Zumbiehl choisit de retenir un rituel poignant : la poignée de sable. Un torero triomphant plie le genou, ramasse une poignée de sable pour remercier le public et prendre congé. Il se redresse, baise la poignée, la lève vers la foule, puis ferme le poing pour la ranger près de sa poitrine.

Le sable ne se garde pas, bien entendu ; il faut le laisser glisser discrètement entre les doigts et se répandre sur la piste. Ce geste évoque le retour inopiné du sablier, si obsédant dans la peinture baroque, qui nous avertit que dans ce monde le temps s'écoule, inexorable, que rien ne dure et que tout est vanité.

Les souvenirs d'une après-midi de toros sont aussi une poignée de sable, mais quelques grains vont nous en rester, tout le temps que notre esprit se maintiendra en éveil. Car l'œuvre sculptée dans l'arène n'aura de vie et de mémoire que pour ceux qui étaient présents, et qui pourront en transmettre quelque chose à des oreilles ou à des yeux complices.

L'expertise de François Zumbiehl

François Zumbiehl est un écrivain et anthropologue reconnu, ayant consacré la plupart de ses ouvrages à l'univers de la tauromachie. Parmi ses publications notables, on peut citer :

  • Des taureaux dans la tête (Autrement, 1987 et 2004)
  • La tauromachie, art et littérature (L'Harmattan, 1992)
  • Taurines (Climats, 1992)
  • Manolete (Autrement, 2007)
  • Le discours de la corrida (Verdier, 2008)
  • Brève histoire de la corrida (Jean-Claude Béhar, 2012)
  • Instantes de arena / Instants de sable (Editorial Temple, 2021)
  • Ma corrida / L'Annonce faite à Séville (Au Diable Vauvert, 2024)

Son travail offre une perspective approfondie sur les dimensions culturelles, historiques et symboliques de la corrida, enrichissant la compréhension de cette tradition controversée.

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