Trevor Yeung au CAPC de Bordeaux : une exposition monographique entre monumentalité et poésie mélancolique
Trevor Yeung au CAPC : monumentalité et poésie à Bordeaux

Trevor Yeung illumine le CAPC de Bordeaux avec une exposition monographique magistrale

Pour sa première exposition monographique dans un musée européen, l'artiste hongkongais Trevor Yeung prend d'assaut la nef imposante du CAPC de Bordeaux. Il crée un univers où la féerie se mêle à une poésie teintée de mélancolie, jouant habilement entre le monumental et le geste subtil pour captiver les visiteurs.

Une découverte à Venise et un défi bordelais

Cédric Fauq, commissaire en chef du CAPC, a découvert le travail de Trevor Yeung à la Biennale de Venise il y a deux ans. Il décrit alors « une série d'installations dans une échelle plutôt domestique ». Né en 1988 dans la province du Guangdong en Chine et vivant à Hong Kong, l'artiste relève aujourd'hui un défi de taille dans la nef bordelaise. Ses volumes vertigineux « avalent » aisément les œuvres les plus ambitieuses et imposent un dialogue exigeant avec le lieu.

Trevor Yeung répond avec une proposition à la fois audacieuse et délicate, révélant des perspectives inattendues. L'entrée s'effectue désormais du côté de l'ancien accès portuaire, renouant avec la mémoire du bâtiment tout en modifiant les habitudes de circulation. Cette déambulation dissémine déjà des indices : des bobines de rubans aux couleurs de l'arc-en-ciel, dont un fragment est remis à chaque visiteur.

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Le vert de l'Insectron : une ambivalence poétique

Le vert, absent de ce spectre, enveloppe toute la nef d'un bain profond emprunté à l'Insectron. Ce piège à insectes à lumière verte, conservé dans les réserves du musée, est un « dispositif conçu pour tuer la nature afin de protéger les œuvres, le patrimoine », souligne Cédric Fauq. Cette ambivalence entre destruction et conservation, naturel et artificiel, devient le fil discret de l'exposition.

Lumière, mythe et participation collective au cœur de l'œuvre

Au centre de l'exposition s'élève une structure monumentale en échafaudage culminant à 10,50 mètres de haut. Les visiteurs la gravissent et y déambulent comme suspendus, bercés par le tintement de clochettes et de carillons, découvrant des points de vue inédits sur l'espace. Autour flottent, au sol ou dans les airs, neuf formes lumineuses.

  • Un corbeau à trois pattes, symbole du soleil dans la mythologie chinoise.
  • Une fleur de lotus.
  • Des formes plus abstraites.

Ces éléments renvoient à un mythe ancestral : dix soleils, lassés de se lever l'un après l'autre, décidèrent un jour de briller ensemble, menaçant l'équilibre du monde. Chargé de rétablir l'ordre, l'archer céleste Hou Yi en abattit neuf, ne laissant dans le ciel que celui que l'on connaît aujourd'hui.

Un sanctuaire poétique pour les astres déchus

À ces astres déchus, Trevor Yeung offre un sanctuaire poétique :

  1. Des miroirs en forme de lacs, référence aux lieux où ces soleils se baignaient jadis.
  2. Une lune géodésique qui s'illumine sous le faisceau d'une torche.
  3. Des paillettes iridescentes au sol, visibles seulement dans le regard de celui qui les cherche.

Ce phénomène éphémère évoque l'arc-en-ciel lui-même, ajoutant une couche de mystère à l'ensemble.

La transformation collective en pont arc-en-ciel

Au fil des jours, les rubans remis à chaque visiteur s'accrochent à l'ossature métallique, transformant peu à peu la structure en un pont arc-en-ciel collectif. Cédric Fauq explique ce renversement subtil : « Ce n'est plus le regard qui fait naître l'arc-en-ciel, mais le geste partagé. Ici, ce n'est pas la rareté du phénomène qui suscite le souhait, c'est le souhait, patiemment accumulé, qui le matérialise. »

Entre grandeur architecturale et délicatesse des interactions humaines, Trevor Yeung tisse un jardin enchanté où lumière, mythe et participation collective se répondent avec une élégance mélancolique. Cette exposition unique invite à une immersion totale dans un univers artistique riche et évocateur.

Informations pratiques : Vernissage le 2 avril à 19 heures. Exposition « Trevor Yeung, Jardin des neuf soleils », jusqu'au 20 septembre, 7, rue Ferrère, Bordeaux. Ouvert du mardi au dimanche de 11 à 18 heures. Tarifs de 4,50 à 8 euros.

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