Simone Veil : une exposition intime sur sa fratrie et le destin tragique des Jacob
Huit ans après son entrée au Panthéon, Simone Veil, née Jacob, est au cœur d'une nouvelle exposition parisienne qui dévoile une facette plus personnelle de cette grande figure de la Ve République. Alors que les précédentes manifestations mettaient en avant son parcours politique et ses combats, celle-ci se concentre sur sa fratrie : ses deux sœurs, Madeleine et Denise, et son frère Jean. À travers plus d'une centaine de documents, mêlant photographies et écrits, le cinéaste et plasticien David Teboul raconte le destin tragique de cette famille française, avant d'être juive, décimée pendant la Seconde Guerre mondiale.
Une histoire familiale représentative de la Shoah
David Teboul explique que cette exposition vise à raconter l'histoire des parents et de la fratrie de Simone Veil, un an avant le centenaire de sa naissance. Il souligne que la famille Jacob est à la fois exceptionnelle par ses personnalités et banale, car son sort est représentatif de celui des familles juives de l'époque. Très assimilée et attachée aux valeurs de laïcité, elle a été ciblée par la politique antisémite du régime de Vichy, avec des membres déportés pour différentes raisons.
Les parents, André et Yvonne Jacob, ainsi que le frère Jean, ne sont pas revenus des camps. Seules les trois filles ont survécu, un rappel crucial à l'heure où certains discours mensongers prétendent que Vichy aurait protégé les Juifs français. Cette exposition insiste sur cette falsification de l'histoire, illustrée cruellement par le destin de la famille Veil.
Les membres de la fratrie : destins brisés
L'exposition s'attache particulièrement aux enfants d'Yvonne et André. L'aînée, Madeleine, surnommée Milou, née en 1923, était une jeune femme spirituelle et mystique avant-guerre. Déportée dans le même convoi que Simone et leur mère, elle a survécu mais est morte dans un accident de voiture en 1952, suivie de son fils, Luc, quelques jours plus tard. Madeleine reste un fantôme très présent dans l'exposition.
Denise, née en 1924, était sportive et engagée dans le scoutisme. Elle a rejoint la Résistance à Lyon et a été déportée à Ravensbrück en tant que résistante, non en tant que Juive, ce qui a entraîné des conditions de détention différentes de celles de ses sœurs. Simone, la petite dernière, venait de passer son bac en 1944 quand elle a été arrêtée, entraînant l'arrestation de toute sa famille. Elle a porté un immense sentiment de culpabilité toute sa vie.
Jean, le frère, né en 1925, était apprenti photographe. Son travail est exposé pour la première fois, et un livre lui sera consacré au printemps. Son destin, comme celui des autres, souligne la tragédie familiale.
Une scénographie évolutive et émouvante
La scénographie de l'exposition tranche avec la gravité du propos par des tonalités colorées. David Teboul a voulu que l'évocation de l'avant-guerre soit joyeuse, avec des tapis ornés de fleurs de Nice, ville où la famille a trouvé refuge, et un parfum de mimosa vaporisé. La scénographie évolue vers une salle obscure où des comédiennes lisent la correspondance des sœurs.
L'exposition aborde aussi le retour de déportation des trois sœurs, marqué par une tentative de reprendre pied dans la vie, mais brisé par la mort de Madeleine et son fils. Elle se tient au Mémorial de la Shoah à Paris jusqu'au 15 octobre, avec entrée gratuite, accompagnée d'un livre coédité par Les Arènes et le Mémorial.



