Pierre Alechinsky en 1998 : « Ma chance, c'est d'avoir été un gaucher contrarié »
Pierre Alechinsky : le gaucher contrarié et son héritage Cobra

Pierre Alechinsky en 1998 : « Ma chance, c'est d'avoir été un gaucher contrarié »

En 1998, à l'occasion d'une grande rétrospective de son œuvre au Musée du Jeu de Paume à Paris, le peintre Pierre Alechinsky accordait un entretien au « Nouvel Observateur ». L'artiste, célèbre pour ses débuts au sein du mouvement Cobra, s'exprimait alors sur son parcours artistique et son processus de création, révélant des aspects intimes de sa pratique.

Les débuts turbulents avec le mouvement Cobra

Pierre Alechinsky est né sous le signe de Cobra, ce mouvement artistique turbulent qui s'insurgeait contre la culture établie et revendiquait la spontanéité créative. C'est en 1949, à l'âge de 21 ans, qu'Alechinsky rejoignit ce groupe composé d'écrivains et de peintres venus de trois capitales européennes : Copenhague, Bruxelles et Amsterdam. Les premières lettres de ces villes forment l'acronyme Cobra, symbolisant l'union de ces artistes rebelles.

L'aventure artistique d'Alechinsky s'est poursuivie bien au-delà de la dissolution du groupe Cobra. Il a réinventé la ligne et ses exubérances, composant des œuvres décrites comme des « fêtes barbaresques colorées » où s'unissent humour, fantasmagorie et poésie. La rétrospective du Jeu de Paume en 1998 rendait compte de cette œuvre unique, marquée par une liberté formelle et une inventivité constante.

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Le secret créatif : une gaucherie contrariée

Dans cet entretien, Alechinsky révèle un aspect fondamental de son processus créatif : sa condition de gaucher contrarié. Interrogé sur le fait qu'il dessine et peint de la main gauche – une main qui, selon lui, « n'a jamais reçu d'ordre » – l'artiste répond avec une formule devenue célèbre : « Ma chance, c'est d'avoir été un gaucher contrarié. »

Il explique que sa main droite, avec laquelle on l'a obligé à écrire durant son enfance, est devenue « celle du devoir, de l'effort », appliquée à tracer méticuleusement les jambages des lettres. En revanche, sa main gauche est restée libre, spontanée, dégagée des contraintes académiques. Cette dualité entre la main disciplinée et la main libre a profondément influencé son approche artistique, lui permettant de développer un style où rigueur et improvisation coexistent harmonieusement.

Un héritage artistique durable

L'entretien de 1998 souligne combien l'expérience Cobra a marqué durablement Alechinsky, même si son art a évolué vers des territoires personnels. Le mouvement, par son rejet des conventions et son éloge de l'instinct, a fourni à l'artiste une base philosophique sur laquelle il a construit son propre langage visuel.

La rétrospective du Jeu de Paume présentait ainsi un parcours complet, des œuvres de jeunesse influencées par Cobra aux créations plus tardives où Alechinsky affine sa maîtrise de la ligne et de la couleur. Chaque tableau témoigne de cette recherche permanente d'équilibre entre contrôle et lâcher-prise, entre tradition et innovation.

Propos recueillis par France Huser et publiés initialement le 8 mars 2026, cet entretien historique offre un éclairage précieux sur l'un des peintres majeurs de la seconde moitié du XXe siècle, dont l'œuvre continue d'inspirer les nouvelles générations d'artistes.

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