Une parade insolite anime la Biennale d'art contemporain de Diriyah
Le 30 janvier 2026, une étonnante procession s'est élancée dans le hub artistique de JAX, en marge de la capitale saoudienne Riyad. Cet événement marquait le lancement de la troisième édition de la Biennale d'art contemporain de Diriyah, installée dans d'anciens entrepôts industriels reconvertis en espaces culturels vibrants.
Un mélange audacieux de tradition et de modernité
La parade a présenté un spectacle saisissant où des pick-up côtoient des chameaux dans les rues, avant de laisser place aux rythmes entraînants des tambours. La performance s'est conclue en apothéose avec un concert unique orchestré par l'artiste et rappeur saoudien Mohammed Alhamdan, fusionnant habilement des chants bédouins ancestraux avec des sonorités électro contemporaines.
Le message est clair et puissant : l'Arabie saoudite connaît une mutation rapide et profonde, tout en préservant jalousement ses racines culturelles et historiques. "Ce n'est pas du folklore. Les gens ici sont très jeunes, hyperconnectés, ils savent ce qui se passe dans le monde", souligne Sabih Ahmed, co-commissaire de cette Biennale aux accents résolument tournés vers le "Sud global".
Une programmation artistique engagée et diversifiée
La sélection des œuvres présentées témoigne d'une volonté affirmée de sortir des sentiers battus et des clichés occidentaux. Les artistes occidentaux sont peu nombreux, à l'exception notable du Français Théo Mercier, dont les immenses sculptures de sable évoquent un monde en décomposition, peuplé de data centers en ruines et de voitures fossilisées.
La place d'honneur est réservée à des créateurs issus d'autres horizons, comme les Palestiniens Taysir Batniji et Hazem Harb, qui abordent avec pudeur et sensibilité la tragédie de Gaza. Le Colombien Daniel Otero Torres rend quant à lui hommage aux défenseurs environnementaux assassinés en Amérique latine, ajoutant une dimension militante à l'exposition.
Une vision curatoriale qui défie les attentes
Sabih Ahmed, en collaboration avec Nora Razian, a délibérément choisi de présenter des œuvres qui rompent avec les stéréotypes. "On ne veut pas montrer ce que l'Occident attend de voir, mais des connexions aux antipodes des clichés usants et sans nuance que nous sert CNN", explique-t-il. Cette approche audacieuse vise à créer un dialogue artistique authentique, reflétant les réalités complexes et multiples du monde contemporain.
La Biennale de Diriyah s'affirme ainsi comme un laboratoire culturel où l'Arabie saoudite réinvente son identité, entre respect des traditions et ouverture sur le monde. Cet événement majeur du calendrier artistique international démontre la vitalité et la diversité de la scène créative saoudienne, tout en servant de levier au soft power du royaume.



