Nadar, du Paris du Second Empire à la Canebière marseillaise
Félix Tournachon, plus connu sous le pseudonyme Nadar, demeure une figure emblématique de l'histoire de la photographie. Caricaturiste prolifique de la vie politique, littéraire et artistique parisienne, il devient le photographe le plus estimé sous le Second Empire. Loin de se limiter aux portraits posés, Nadar s'illustre par des exploits techniques remarquables, dont l'invention de la photographie aérienne en ballon en 1858.
Les années difficiles et le départ pour Marseille
Durant la Commune de Paris, Nadar se consacre essentiellement à la construction de dirigeables, une entreprise qui le ruine financièrement. Après d'autres revers, il choisit, en 1897, de quitter la capitale alors que sa santé commence à décliner. Il décide de s'établir à Marseille, rue de Noailles, une artère qui deviendra plus tard la célèbre Canebière.
Dans cette ville méditerranéenne, Nadar installe un studio photographique et un laboratoire qui connaissent rapidement le succès. Conscient de son état de santé précaire, le photographe visionnaire entreprend de préparer la succession de son entreprise pour assurer sa continuité après sa disparition.
La transmission de l'héritage photographique
En 1901, Nadar fait venir auprès de lui un photographe genevois talentueux, Fred Boissonnas, lui-même portraitiste reconnu. Ce dernier, pour seconder efficacement l'atelier marseillais, fait appel en 1902 à son jeune élève prometteur, Fernand Detaille. Boissonnas va même jusqu'à prêter les fonds nécessaires à Detaille pour l'acquisition progressive de l'entreprise.
La maison Nadar connaît ainsi une transition remarquable : elle devient d'abord Boissonnas et Detaille, successeurs de Nadar, puis simplement Detaille, successeur de Nadar lorsque Fernand Detaille achève de rembourser son prêt en 1910. Cette succession bien organisée permet à l'atelier de perdurer et de maintenir la réputation d'excellence établie par Nadar.
Un héritage photographique préservé
Cette période méconnue de la vie de Nadar révèle un aspect moins célèbre mais tout aussi important de sa carrière : sa capacité à transmettre son savoir-faire et à assurer la pérennité de son œuvre. L'installation à Marseille marque non seulement un changement géographique mais aussi une nouvelle phase dans la diffusion de l'art photographique en France.
Le studio de la Canebière, successivement dirigé par Nadar, Boissonnas et Detaille, représente ainsi un chapitre fascinant de l'histoire de la photographie française, témoignant de la vitalité créative qui a traversé les générations d'artistes de l'image.



