La disparition d'un maître artisan du masque théâtral
Le monde du spectacle est en deuil. Erhard Stiefel, le créateur de masques emblématiques du Théâtre du Soleil, s'est éteint le 14 février à Paris, des suites d'un cancer. Âgé de 85 ans, cet artisan suisse avait consacré soixante années de sa vie à l'art du masque, travaillant depuis son atelier situé au cœur de la Cartoucherie de Vincennes.
Un héritage artistique monumental
Bien qu'il ne fût ni auteur, ni metteur en scène, ni comédien, Erhard Stiefel a profondément marqué le théâtre contemporain. Ses créations ont été déterminantes pour l'identité visuelle du Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine. Les spécialistes le considéraient unanimement comme le plus grand facteur de masques de théâtre depuis la disparition des Italiens Amleto Sartori et son fils Donato Sartori.
Né le 9 mai 1940 à Zurich, sa vocation artistique s'est éveillée tôt. Sa mère, danseuse, l'a initié à l'univers du spectacle. À l'âge de 10 ans, la découverte de La Flûte enchantée de Mozart, et particulièrement la forêt recréée sur scène, lui inspire le désir de devenir décorateur de théâtre.
Un parcours artistique singulier
Après des études aux Beaux-Arts de Zurich, sa passion pour les arts plastiques le conduit vers une exploration plus approfondie. C'est au milieu des années 1960 qu'il arrive à Paris et intègre l'École de Jacques Lecoq, institution unique qui privilégie l'expressivité corporelle à travers le mime, la marionnette et le masque. Notons qu'Ariane Mnouchkine a également fréquenté cette école.
Dans son atelier parisien, Erhard Stiefel n'a cessé d'étudier et de réinventer les grandes traditions du masque à travers le monde : grecque, japonaise, balinaise, italienne. Son travail alliait respect des traditions ancestrales et innovation contemporaine, créant des pièces uniques qui donnaient vie aux personnages sur scène.
Son héritage artistique demeure intact à travers les nombreuses productions qu'il a habillées de ses créations. Les masques d'Erhard Stiefel ne sont pas de simples accessoires, mais des œuvres d'art à part entière qui ont contribué à définir l'esthétique du théâtre moderne.



