Une passionnée d'histoire et de savoir-faire prend les rênes du Palais Galliera
Elle est passionnée d’histoire, férue de savoir-faire et profondément ancrée dans son époque. Un profil au parcours singulier qui a pris en juillet dernier la direction du Palais Galliera, succédant ainsi à Mirren Arzalluz. « Le point commun entre tout ce que je fais, c’est la mode ! » confie avec enthousiasme Émilie Hammen, tout juste quarantenaire, dans son nouveau fauteuil de directrice du musée de la mode de Paris. Ce bâtiment historique, construit à la fin du XIXe siècle par la duchesse de Galliera, offre un écrin grandiose pour un art parfois considéré comme mineur.
« C’est amusant que, dans cet écrin grandiloquent avec une hauteur et un plafond démesurés, on expose un art qui est souvent perçu comme secondaire ! » note avec un sourire celle qui a côtoyé le vêtement sous de multiples facettes. Son parcours académique l’a menée à suivre un cursus de design de mode à l’école Duperré, puis à l’Institut français de la mode (IFM).
Du stylisme chez Vuitton et Dior à la recherche universitaire
« Quand j’ai terminé mes études, au début des années 2000, je rêvais d’intégrer une grande maison de couture. J’ai alors envoyé des demandes de stage à plusieurs d’entre elles. Je conserve encore précieusement les lettres de refus de Lanvin et de Chanel, avec leur chic en-tête qui me fascinait », se souvient-elle avec nostalgie. Cette période coïncidait avec une transformation profonde du monde de la mode, marquée par la diffusion du documentaire Signé Chanel de Loïc Prigent, l’arrivée de Marc Jacobs chez Louis Vuitton pour lancer le prêt-à-porter féminin, et la naissance du site Style.com, qui démocratisait l’accès aux images des défilés.
Émilie Hammen a ensuite expérimenté le rythme effréné des collections et maîtrisé toute la chaîne de création en tant que styliste chez Louis Vuitton, Marc Jacobs et Christian Dior. Cette expérience terrain lui a offert une vision complète et pratique de l’industrie.
Puis, elle a bifurqué vers la recherche et l’enseignement, en intégrant l’Université Paris 1 Panthéon–Sorbonne et l’IFM, où elle a dirigé la Chaire Chanel et le19M des savoir-faire de la mode. Ces multiples casquettes l’ont naturellement conduite à endosser celle de directrice du musée parisien, qui célébrera en 2027 son cinquantième anniversaire.
Une légitimité culturelle croissante pour la mode
« En quelques années, le nombre d’espaces consacrés à la mode, qu’ils soient pérennes ou temporaires, a doublé. Nous assistons clairement à une reconnaissance culturelle accrue, qui s’accompagne d’une théâtralisation des expositions pour captiver le public. Cependant, il est crucial de trouver le juste équilibre », constate-t-elle avec réflexion. Elle apprécie particulièrement la possibilité de juxtaposer des vêtements spectaculaires, des couturiers exceptionnels et des habits ordinaires, tout en explorant des angles méconnus et inattendus.
Cette approche se reflète dans l’exposition actuelle du Palais Galliera, qui s’écarte de la classique monographie d’un couturier ou d’une maison pour raconter les savoir-faire de la mode. Émilie Hammen en assurait déjà le commissariat scientifique avant de prendre la direction du musée.
Mi-mars, le musée de la mode de Paris inaugurera également « La mode du XVIIIe », premier volet d’un ambitieux triptyque qui explorera ensuite le XIXe puis le XXe siècle. « Je ne pense pas que l’histoire soit figée. La donation d’une collection des années 1950 peut, par exemple, nous faire entièrement repenser la mode de cette décennie », ajoute cette passionnée d’historiographie, soulignant ainsi la dynamique et l’évolution constante de la discipline.



