Matisse renaît au Grand Palais : une exposition sur sa seconde vie artistique (1941-1954)
« J’avais tellement préparé ma sortie de la vie, qu’il me semble être dans une seconde vie », écrivait Henri Matisse en 1942, un an après une opération majeure qui le condamnait à rester alité. Cette renaissance se déploie magnifiquement dans l’exposition du Centre Pompidou, à voir au Grand Palais du 24 mars au 26 juillet, offrant un voyage exceptionnel dans l’œuvre tardive du maître.
Une création depuis le lit : dessins et livres illustrés
Malgré son alitement, Matisse ne cesse de dessiner, produisant des livres illustrés comme le sublime Pasiphaé de Montherlant et plus tard Les Fleurs du Mal, alors que la Gestapo arrête sa femme et sa fille. Le contexte de la Seconde Guerre mondiale sert de décor à cette exposition, qui suit le peintre de 1941 à 1954, année de sa mort. Dans la section « Thèmes dessins et variations », Matisse expose les termes de son art, se réinventant avec une paire de ciseaux et des papiers colorés à la gouache préparés par ses assistantes.
« Jazz » : une œuvre majeure en papiers découpés
À la demande de son éditeur Tériade, Matisse crée Jazz en 1947, première œuvre en papiers gouachés découpés. Une salle entière est consacrée à ce livre majeur, dont les planches et maquettes sont présentées ensemble, non sur le thème du jazz, mais composées comme un morceau de ce genre musical qu’il affectionnait. La visite s’accompagne d’une création musicale originale, enrichissant l’expérience.
Vitrail, portraits et couleurs : l’apogée d’un coloriste
Matisse n’abandonne pas complètement la peinture. Dès le début du parcours, on admire les études fascinantes de La blouse roumaine (1945) et les Intérieurs de Vence (1946-1948), considérés comme son adieu à la peinture. Onze toiles de cette série, dont deux appartiennent au Centre Pompidou, sont rassemblées, certaines jamais vues en France. Entre 1948 et 1951, il se consacre à la Chapelle du rosaire à Vence, créant des vitraux et des chasubles. Cet apprentissage du vitrail le réjouit, et il signe d’autres œuvres comme Vitrail de la vigne, reçu en dation en 2024.
Portraits et Nus bleus : la sensualité et la pureté du trait
La section « Visages » révèle le portraitiste Matisse, où la pureté du trait sidère, évoquant des masques plus que des figures. La série des Nus bleus, avec les numéros II et III des collections de Pompidou, montre la sensualité du peintre, présente dès ses débuts. Des images d’archives le montrent au travail, jouant avec ses ciseaux et papiers colorés.
Scénographie et héritage : un voyage dans la nature et la couleur
La scénographie, aérée comme par un vent de jeunesse, dévoile des travaux venus de loin, comme les panneaux décoratifs d’Océanie. Matisse garde dans l’œil les couleurs de son voyage à Tahiti en 1930, et l’exposition explore son rapport à la nature, visible dans l’éclatante Gerbe. Cette rétrospective, organisée par Claudine Grammont, est un hommage à un artiste au sommet de son art, offrant une immersion dans sa créativité renouvelée.



