Cinq tableaux inédits de Fragonard, cachés depuis un siècle, aux enchères à Paris
Un événement exceptionnel secoue le marché de l'art français. Ce mercredi 25 mars, la maison de ventes Christie's dispersera à Paris une partie des trésors de la collection historique et privée d'Arthur Georges Veil-Picard (1854-1944), banquier et entrepreneur à la tête de la distillerie Pernod.
Une collection légendaire enfin révélée
Estimés à plus de 3,7 millions d'euros, cinq tableaux et dessins du célèbre peintre grassois Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), cachés depuis un siècle, réapparaissent aux enchères. Cette vente prestigieuse, dont l'estimation globale se situe entre 5 et 8 millions d'euros, comprend une trentaine de chefs-d'œuvre de la peinture du XVIIIe siècle français jamais présentés au public.
« La collection Veil-Picard, c'est un mythe », commente Pierre Etienne, vice-président de Christie's France. « Tous les experts en art la connaissent, mais on ne l'avait jamais vue. Ces œuvres de qualité muséale sont restées cachées dans la famille pendant des décennies. »
Un chef-d'œuvre estimé à 2,5 millions d'euros
Parmi les lots les plus attendus figure « L'Heureuse Famille », également connu sous les titres « Jeune Couple contemplant un enfant endormi » ou « Le Retour au logis ». Ce tableau, estimé entre 1,5 et 2,5 millions d'euros, est considéré par les historiens comme le premier exemplaire d'une série.
Olivier Quiquempois, directeur des musées de Grasse, souligne la qualité exceptionnelle des œuvres : « Il y a trois magnifiques dessins et deux tableaux très représentatifs de l'art de Fragonard, qui donnent à voir son pinceau vif et spontané. »
Les autres œuvres de Fragonard présentées lors de cette vente historique comprennent :
- « La Petite coquette » ou « La Lorgneuse », estimée entre 400 000 et 600 000 euros
- Trois dessins estimés entre 80 000 et 300 000 euros chacun
Une histoire marquée par la spoliation nazie
La collection Veil-Picard porte les stigmates de l'Histoire. Réquisitionnée par l'occupant allemand le 29 octobre 1940, elle a été conservée dans un coffre de la Banque de France avant d'être transférée en Bavière. Ce n'est que le 16 avril 1946 qu'elle fut restituée aux ayants droit.
« Pour apprécier l'œuvre, il faut aussi considérer le sens de l'histoire », explique Pierre Etienne. « Celle inscrite sur le dos des tableaux, avec des étiquettes mentionnant les différents déménagements de la famille, les prêts à des musées, et ces marques allemandes. »
Un collectionneur passionné
Arthur Georges Veil-Picard, collectionneur libre et instinctif, avait constitué en moins de quarante ans une impressionnante collection dédiée à la peinture du XVIIIe siècle. Il possédait jusqu'à seize œuvres de Fragonard, son artiste fétiche.
« Il a vraiment pris la peinture du XVIIIe siècle en amour et Fragonard en figure de proue de sa passion », précise Pierre Etienne. « Veil-Picard était un homme qui aimait la vie, les bonnes choses, la liberté et qui a trouvé en Fragonard cette liberté picturale, ces couleurs vives. »
Une vente qui pourrait faire date
Depuis l'annonce de cette vente, experts en tableaux anciens et conservateurs de musées français et internationaux défilent dans les locaux de Christie's à l'avenue Matignon pour admirer ces œuvres enfin révélées au public.
Le milieu de l'art parle déjà de « vente du siècle », avec des prix qui pourraient s'envoler « trois à quatre fois au-dessus des estimations de départ », selon une source proche du dossier.
« Réunir sur une vente un groupe de Fragonard aussi important, aussi consistant et cohérent, c'est extrêmement rare », conclut Pierre Etienne. « Et cela devient exceptionnel quand l'Histoire s'en mêle. Tous les ingrédients sont réunis pour qu'une magie s'opère pendant cette vente publique. »



