L'art du dos : une exposition inédite explore les portraits sans visage à Deauville
Exposition inédite sur les portraits de dos à Deauville

L'art du dos : une exposition inédite explore les portraits sans visage à Deauville

Sur un panneau du XVIe siècle, trois femmes nues aux courbes épanouies forment une ronde pudique dans un décor bucolique. La figure centrale tourne le dos au spectateur, ses bras reposant sur les épaules de ses compagnes qui font face à l'observateur. Cette œuvre anonyme, prêtée par le Louvre, illustre l'iconographie des Trois Grâces, où la posture masque l'intimité des divinités grecques, reflétant les valeurs de retenue féminine chères à la culture visuelle antique. Elle figure aujourd'hui dans l'exposition Vu(e)s de dos que les Franciscaines consacrent aux portraits sans figures dans l'histoire de l'art, un sujet complètement inédit.

Un motif longtemps marginalisé

Annie Madet-Vache, directrice des Franciscaines, défend cette approche : Il questionne l'identité, invite au mystère, et devient parfois un sujet narratif à part entière, chargé de significations esthétiques, sociales, émotionnelles. Elle travaille sur cette thématique depuis quatre ans, soulignant que tout était à faire. L'exposition adopte un angle chronologique pour témoigner de la disparité d'un motif longtemps marginalisé, de Watteau à Toulouse-Lautrec, en passant par Félix Vallotton et Bettina Rheims.

L'évolution historique du dos dans l'art

Au Moyen Âge, dominé par l'iconographie chrétienne, la représentation dorsale reste confidentielle, souvent limitée aux personnages secondaires. La peinture de chevalet et les premiers portraits de face n'améliorent pas sa visibilité, pas même à la Renaissance, où les maniéristes préfèrent les figures en mouvement. Ce n'est qu'avec la scène de genre flamande au XVIIe siècle que le verso s'impose, comme dans Femme assise tenant une lettre de Pieter Codde (1650), où un corps sans regard suggère une mélancolie méditative.

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Deux cents ans plus tard, le motif atteint son apogée en Europe, reflétant l'époque, dépeignant le labeur des petites gens ou les plaisirs mondains de la haute bourgeoisie. En 1839, Félix Philippoteaux reproduit une gouache de Carmontelle montrant six officiers de la garde du duc d'Orléans vus de dos, reconnaissables par leur habit et leur corpulence, un tableau resté célèbre dans son corpus.

La modernité et l'engagement contemporain

Avec la photographie et les avant-gardes, le dos prend une nouvelle tournure : la fidélité au modèle cède la place à un élément utilitaire de la composition, un vecteur de la narration visuelle, selon Annie Madet-Vache. Des œuvres comme celle de Marc Desgrandchamps en 2016, avec une silhouette de baigneuse saisie dans son déplacement, illustrent cette évolution. Plus récemment, les visages retournés de résistants ukrainiens photographiés par Emeric Lhuisset racontent la force de l'engagement des combattants de l'ombre, voués à la clandestinité pour des raisons de sécurité.

L'exposition Vu(e)s de dos se tient aux Franciscaines à Deauville, dans le Calvados, jusqu'au 31 mai 2026, offrant un parcours unique à travers l'histoire de l'art.

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