L'exposition Gilles Caron à Pau : immersion dans le montage d'une rétrospective photographique
Le photographe qui a immortalisé Daniel Cohn-Bendit en Mai 68 et couvert les conflits mondiaux des années 1970 sera à l'honneur au Parvis Espace culturel Leclerc de Pau ce trimestre. Nous avons assisté au montage de cette exposition, un savant mélange d'esthétique et d'écriture photographique.
Un montage minutieux pour une carrière météore
Derrière le rideau à demi ouvert de la salle d'exposition, une équipe s'active. Les cartons marqués « Gilles Caron » viennent d'être déballés, et la cinquantaine de clichés – dont certains sont iconiques – sont pour l'heure couchés au sol, le long des murs gris. Ce nouvel opus ne cassera pas les codes de la scénographie, mais comporte trois volets qui racontent le parcours de ce photographe à la carrière météore.
Le premier volet est consacré aux conflits, avec des photos de la guerre au Biafra (1967-1970), des Guerres des Six Jours ou du Vietnam. « Ces images peuvent effectivement heurter des publics non avertis », explique Mylène Broca, chargée des expositions de photographie au Parvis. Le deuxième volet présente les grandes personnalités, tandis que le dernier se concentre sur l'agitation politique, où l'on retrouve la photo emblématique de Daniel Cohn-Bendit narguant un pandore pendant Mai 68.
Une scénographie au service des images
Chaque trimestre, le grand quadrilatère situé au fond de l'Espace culturel est revu pour accueillir un nouvel artiste. Les murs gris sont ripolinés ou recouverts de grands papiers peints unis. Pour cette exposition, trois pages de garde de chapitre associent un texte introductif et une couverture de magazine sur un fond bleu canard. « On cherchait un bleu qui se marie bien avec le gris », poursuit Mylène Broca.
À droite de l'entrée, un mur a été peint en noir pour créer une ambiance plus intimiste, avec l'agrandissement XXL d'une photo de l'Irlande du Nord où on lit l'inscription « We want peace ». Marc Bélit, président de la fondation, supervise l'accrochage avec sensibilité. « Le mur ne doit pas se suffire à lui-même, on ne crée pas un tableau », insiste-t-il. « On ne rivalise pas avec l'image, on est à son service. Ce qu'on souhaite, c'est susciter l'approche. »
Le défi de l'image dans l'image
La séquence politique, initialement prévue au milieu du mur, a été désaxée vers la droite pour une continuité avec le mur consacré à l'agitation politique de Mai 68. Ici, les photos des événements parisiens voisinent avec celles du Printemps de Prague. Daniel Cohn-Bendit ne sera pas le héros central de ce volet. « Les gens connaissent la photo, ils iront la trouver d'eux-mêmes », sourit Marc Bélit.
Le défi le plus ardu concerne le coin sombre avec la photo au slogan « We want peace ». Il faut accrocher des images sur une image sans perdre le message essentiel. « On va essayer comme ça, avec trois photos en bas, sans toucher l'image », explique le président. Les poseurs utilisent un laser infrarouge pour positionner les cadres avec précision.
Une lumière douce pour le noir et blanc
L'exposition commencera et s'achèvera avec le visage d'Apollon du photographe, fauché en pleine ascension. Un grand papier peint le représente derrière son appareil Nikon à l'entrée, et un dernier cliché le montre quelques heures avant de périr au Cambodge en 1970. Cette image sera mise en valeur par un éclairage particulier.
« On n'éclaire pas trop pour ne pas écraser les images », souligne Marc Bélit. « Cette lumière douce est parfaite pour le noir et blanc. » La magie opère grâce à une quinzaine de spots qui permettent de créer des ambiances sur tout ou partie de l'exposition.
L'exposition Gilles Caron se tiendra du 27 mars au 11 juin au Parvis de Pau, prenant la suite de l'exposition Stéphane Duroy dont on aperçoit encore le panneau d'entrée. Une immersion dans l'œuvre d'un photographe dont le regard a marqué l'histoire.



