Un documentaire bouleversant sur une enquête historique à découvrir à Bayonne
Ce dimanche 5 avril, le cinéma l'Atalante de Bayonne accueillera une projection exceptionnelle dans le cadre des Rencontres sur les docks. Le film "Popel", un mot tchèque signifiant "cendres", réalisé par le Biscayen Oier Plaza, plonge le public dans une enquête captivante de cinq années. Cette œuvre documentaire retrace le parcours de victimes du régime nazi originaires du sud de la Bidassoa, mettant en lumière une histoire méconnue de résistance et de mémoire.
L'enquête minutieuse d'un professeur passionné d'histoire
Unai Eguía, enseignant en arts plastiques à Bilbao, a entamé ses recherches à l'été 2020 pour découvrir le sort d'Enric Moner, un républicain catalan déporté dans les camps nazis. Peu d'informations existaient sur ce résistant, à part son matricule "6 448" du camp de Flossenbürg en Bavière, un numéro usurpé pendant des décennies par un imposteur catalan, Enric Marco. Ce dernier s'était fait passer pour un rescapé, une affaire relatée par l'écrivain Javier Cercas dans "L'Imposteur".
"Mais du véritable résistant, Enric Moner, on ne savait rien. Je voulais juste retrouver une photo et rencontrer sa famille", explique Unai Eguía, joint par téléphone. Sa quête personnelle a rapidement croisé celle d'Antón Gandarias, qui cherchait des informations sur son oncle, Anjel Lekuona, un Biscayen capturé par la Gestapo en France. Les deux hommes ont uni leurs forces pour mener une enquête approfondie.
La découverte d'une lettre secrète et le chemin vers Prague
Leur investigation a pris un tournant décisif avec la découverte d'une lettre écrite en juillet 1945 par Grégoire Uranga, un survivant du camp de concentration tchèque de Hradištko. Ce courrier, resté caché pendant des décennies par crainte des représailles franquistes, décrivait avec émotion la relation entre Grégoire et Anjel Lekuona, ainsi que la mort de ce dernier, abattu par des soldats SS en avril 1945. La lettre mentionnait que le corps d'Anjel avait été incinéré "au crématorium de Prague".
Cette piste a conduit Unai Eguía et Antón Gandarias à l'histoire incroyable de František Suchý, ancien directeur du crématorium de Strašnice à Prague. De 1899 à 1984, aidé de son fils, il a secrètement préservé les cendres de 2 200 victimes des régimes nazi et communiste, au lieu de les disperser comme ordonné. Il a dressé des listes clandestines et attribué des numéros d'urnes pour chaque dépouille, incluant une dizaine d'Espagnols, dont Enric Moner et Anjel Lekuona, assassinés le même jour.
La réalisation d'un documentaire et les hommages rendus
Oier Plaza, réalisateur originaire de Guernica – une ville marquée par le bombardement de la légion Condor en 1937 – a été contacté par Antón Gandarias lorsque ce dernier a cru avoir retrouvé les cendres de son oncle. "Un jour, Antón m'appelle et me dit : 'Je crois que nous avons retrouvé les cendres de mon oncle.'" Quatre-vingts ans après la mort d'Anjel, Antón envisageait de se rendre sur les lieux où reposaient ses cendres, et Oier Plaza a décidé d'accompagner ce voyage pour en faire un documentaire.
Le film capture des moments poignants, comme l'hommage organisé par les autorités locales à Prague, auquel a assisté l'épouse du fils de František Suchý. L'équipe a également créé un site internet dédié à l'enquête, où sont accessibles les listes de Suchý, révélant que 85 urnes sur 2 200 n'ont toujours pas été réclamées. "Nous nous sommes dit que nous pourrions aider des familles dans leurs recherches", souligne le réalisateur.
Parallèlement, Unai Eguía a publié un livre intitulé "Y los campos se quedaron sin flores" et milite pour que le gouvernement tchèque reconnaisse officiellement le geste héroïque de František Suchý. "Aujourd'hui, un parc porte le nom de son fils, mais il n'existe aucune tombe ni aucun monument que l'on puisse fleurir en mémoire de František Suchý", déplore-t-il. Ce documentaire, enrichi par des animations du Guipuzcoan Kote Camacho, offre ainsi un témoignage puissant sur la mémoire et la résistance face à l'oubli.



