Domenica, la Millavoise qui a croqué Paris : une vie entre art, pouvoir et scandale
L'Acsa (Association Culturelle et Scientifique de l'Aveyron) accueille ce jeudi 16 avril Louis Mercadié pour une conférence intitulée "Domenica, millavoise croqueuse de tableaux et d'amants". L'occasion de revenir sur le destin romanesque de Juliette Lacaze, née à Millau en 1898, une figure sulfureuse qui a profondément marqué l'histoire de l'art et les mœurs du XXe siècle.
De Millau à Paris : l'ascension irrésistible d'une provinciale ambitieuse
Juliette Marie Léonie Lacaze, plus connue sous le nom de Domenica, quitte sa ville natale de Millau jeune et sans le sou, mais avec une ambition dévorante. À Paris, elle comprend rapidement les codes de la capitale. Pour s'y imposer, il faut du charme, de l'audace et surtout des appuis solides. Elle pose pour des artistes renommés comme André Derain et Marie Laurencin, fréquente assidûment les cercles artistiques où se croisent des figures telles qu'Apollinaire, Picasso, Cocteau ou encore Colette.
Son premier mariage avec Paul Guillaume, marchand d'art visionnaire, lui ouvre les portes du monde de la collection. C'est lui qui lui offre le nom de Domenica, véritable sésame pour entrer dans l'élite parisienne. Mais c'est son union avec Jean Walter, architecte de renom, qui scelle définitivement sa fortune colossale.
Une femme de pouvoir au réseau d'influence exceptionnel
Grâce à une mine de plomb au Maroc, Domenica devient milliardaire. Pourtant, c'est après la mort prématurée de ses deux maris – dans des circonstances particulièrement troubles – qu'elle déploie pleinement son influence considérable. Surnommée la "Veuve noire", elle incarne l'ambition sans limites, mêlant habilement séduction et calcul stratégique.
Domenica n'est pas seulement une collectionneuse avisée, amassant des chefs-d'œuvre de Renoir, Matisse, Modigliani ou Picasso. Elle est aussi une femme de pouvoir incontournable, séduisant ministres, artistes et hommes d'influence de son époque. Ses soupers légendaires chez Maxim's attirent autant les officiels que les officiers nazis pendant l'Occupation. Son réseau s'étend de la IVe à la Ve République, avec des liaisons aussi variées qu'un ministre radical-socialiste, un architecte international, ou encore un dirigeant communiste.
Le scandale Domenica : entre accusations criminelles et protection politique
Pourtant, son nom reste à jamais associé à l'"affaire Domenica", qui éclate en 1959. Accusée d'avoir tenté de faire éliminer son fils adoptif, elle échappe miraculeusement à la condamnation grâce à un accord secret avec André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles. Malgré les soupçons persistants pesant sur elle – notamment ceux d'avoir causé la mort de ses deux maris – elle conserve jusqu'à sa mort en 1977 sa collection exceptionnelle, aujourd'hui exposée au musée de l'Orangerie.
Christine Clerc, dans son livre Domenica, la Diabolique, retrace cette existence hors norme. Entre nuits parisiennes effrénées, intrigues politiques complexes et passion dévorante pour l'art, Domenica incarne une époque où tout semblait possible – pour peu que l'on osât tout. Son histoire, à la fois fascinante et glaçante, rappelle que derrière les paillettes des Années folles se cachaient aussi des ombres bien sombres.
La conférence "Domenica, millavoise croqueuse de tableaux et d'amants" par Louis Mercadié se tiendra ce jeudi 16 avril à 15 heures dans la salle René Rieux à Millau. Les tarifs sont les suivants :
- Adhésion ACSA : 12 euros
- Participation aux conférences : 5 euros pour les adhérents, 10 euros pour les non-adhérents
- Tarif réduit : 3 euros pour les moins de 25 ans ou demandeurs d'emploi



