Dan Flavin : l'art minimaliste lumineux à la Fondation Venet
Dan Flavin : l'art minimaliste lumineux à la Fondation Venet

Dan Flavin : la lumière comme matériau artistique

La Fondation Venet, située au Muy, accueille une exposition majeure dédiée à Dan Flavin, figure emblématique de l'art minimaliste et maître incontesté du néon. À travers ses œuvres lumineuses, l'artiste américain a redéfini la perception de l'art et de la lumière en utilisant de simples tubes fluorescents.

L'exposition, intitulée « De simples tubes fluorescents », se tient du 8 mai au 3 octobre 2026. Elle propose une plongée dans l'univers singulier de Flavin, où la lumière devient envahissante, déborde du cadre, glisse sur les murs et sature l'espace. Ni tout à fait peinture, ni vraiment sculpture, ses créations se situent à mi-chemin de l'installation.

Un tournant décisif en 1963

En 1963, Dan Flavin opère une bifurcation radicale dans sa carrière. Il s'empare d'appliques commerciales, dans une démarche de ready-made initiée par Marcel Duchamp, et utilise des tubes fluorescents pour composer ses œuvres. Sa première réalisation, une diagonale à 45 degrés en lumière blanche, pose les bases d'un travail qu'il poursuivra jusqu'aux années 1990. Le jeu des reflets immerge le spectateur au cœur de l'installation, où la perception varie selon la position de chacun.

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Erik Verhagen, commissaire de l'exposition, explique : « Dès le début, il s'est imposé un cahier des charges auquel il est resté fidèle toute sa vie. Flavin décide de produire ses œuvres avec seulement quatre tailles de tubes et dix couleurs, dont quatre blancs. À partir de ce vocabulaire de base, il démontre qu'il peut produire une œuvre au caractère infini, autorisant des déclinaisons et des variations sans fin. »

Un autodidacte affranchi

Autodidacte, Flavin s'affranchit des contraintes académiques. Formé à l'histoire de l'art, il débute par la peinture abstraite, et ses sculptures lumineuses en conservent des références, notamment dans le spectre chromatique. Le commissaire note : « On a souvent mis ses couleurs en relation avec celles des expressionnistes abstraits comme Willem de Kooning, notamment pour le recours au rose, mais aussi avec la palette d'un Jasper Johns ou d'un Barnett Newman, qu'il va se réapproprier. »

Comme de nombreux minimalistes, Flavin joue avec l'espace d'exposition. Au Muy, Bernar Venet et Erik Verhagen ont exploité cette dimension. « On a deux pièces d'angle dans cette exposition qui démontrent à quel point l'enveloppe architecturale n'est pas une entité neutre, mais une donnée qui participe, elle aussi, à l'œuvre et à son rayonnement », détaille le commissaire.

Une expérience personnelle pour chaque visiteur

Artiste atypique, Flavin demeure un casse-tête pour les critiques et historiens d'art. Il ne livrait jamais d'explication ni d'interprétation sur son travail. « Il cherchait à démystifier son œuvre et ne donnait aucune piste. Finalement, chacun vit sa propre expérience », souligne Erik Verhagen. Flavin ne nommait pas non plus ses œuvres, se contentant d'une phrase dédiée à des artistes qui l'ont marqué, à des amis ou à des artisans.

Complexe dans son travail comme dans ses relations, Flavin a croisé Bernar Venet à plusieurs reprises sans jamais établir une véritable amitié. Venet se souvient : « Ce n'était pas simple. Je l'ai connu lors de ses premières expositions à la galerie Kornblee, à New York, en 1967. On a été ensemble à la Biennale de Venise dans les années 1970... Ce n'était pas un type facile. Ce n'était pas comme César, qui vous tapait sur l'épaule et vous embrassait toutes les deux minutes. Flavin était dans la retenue, il se fâchait facilement dès que quelque chose n'allait pas... Mais c'était un grand artiste. »

Flavin lui-même revendiquait : « Je crois que l'art se dépouille de son mystère sacralisé au profit d'un sens commun, d'une décoration pleinement réalisée. [...] Nous glissons vers un non-art, un plaisir neutre de voir, accessible à tous. »

L'exposition « Dan Flavin : De simples tubes fluorescents » est à découvrir du mardi au samedi, à la Fondation Venet au Muy. Tarif : 20 euros. Réservation en ligne obligatoire sur le site de la fondation.

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