Les directeurs artistiques de la Contemporaine de Nîmes rompent le silence
Pour la première fois, Keimis Henni et Anna Labouze, anciens directeurs artistiques de la Contemporaine de Nîmes, répondent aux vives critiques émises par l'équipe municipale à l'encontre de l'événement culturel. Ils reviennent sur les conditions de leur travail, les remises en question soudaines et défendent avec conviction le bilan de cette manifestation artistique.
Une reconnaissance initiale suivie d'un revirement brutal
Les deux directeurs artistiques expriment leur étonnement face au changement de discours municipal. "La manifestation a été présentée par la ville comme un succès à l'issue de la première édition", rappelle Keimis Henni. Lors du comité de pilotage pour le bilan de 2024, élus et services municipaux avaient unanimement applaudi l'initiative, laissant envisager une perspective d'avenir et de continuité.
Le travail pour l'édition suivante, intitulée "Dans les autres mondes", était déjà bien avancé avec un document d'une centaine de pages remis à la ville. Ce projet explorait les mondes réels, virtuels et alternatifs, tout en conservant le principe des duos artistiques et le travail participatif avec les habitants de Nîmes.
Le tournant politique et ses conséquences
La situation a radicalement changé avec le remplacement de Sophie Roulle, adjointe à la Culture, par Daniel-Jean Valade. "Du jour au lendemain, on nous a interdit d'évoquer la Contemporaine", déplorent les directeurs artistiques, alors même qu'ils travaillaient sur un événement intermédiaire commandé par la ville.
Daniel-Jean Valade a particulièrement critiqué le budget de l'opération, évoquant 1,2 million d'euros investis par la ville. Keimis Henni précise : "Il me semble que c'est plutôt 1,8 million d'euros en additionnant tous les partenaires", incluant la fondation Carasso (130 000 €) et le mécénat d'entreprises locales. Le modèle économique prévoyait que pour les éditions suivantes, la ville n'apporterait que la moitié du budget.
Le vrai succès : 176 000 visiteurs
Face aux critiques sur le coût par pass vendu, les directeurs artistiques rappellent que la programmation était à 90% gratuite. "Le vrai chiffre, c'est le nombre de visiteurs : 176 000", insiste Keimis Henni, un résultat qui dépasse tous les objectifs initiaux fixés entre 50 000 et 100 000 visiteurs.
Les records de fréquentation ont été battus dans plusieurs institutions :
- Plus de 4 000 personnes à la boum d'ouverture dans les arènes
- Au musée du Vieux Nîmes, plus de visiteurs lors du week-end d'ouverture que pendant toute une année habituelle
- 1 500 personnes en seulement 4 heures à l'école des Beaux-arts
Une reconnaissance nationale et des souvenirs puissants
L'événement a bénéficié d'une couverture médiatique exceptionnelle avec plus d'une centaine de titres de presse. "Pour l'ouverture, les trains étaient remplis de personnes qui venaient pour la Contemporaine", se souviennent les directeurs artistiques.
Malgré les critiques actuelles, ils conservent un souvenir extrêmement puissant de cette aventure. "C'est le projet le plus ambitieux sur lequel on a travaillé", affirment-ils, rendant hommage au travail des services municipaux et des nombreux partenaires impliqués.
Ils concluent avec émotion : "C'était extrêmement courageux pour la ville de Nîmes de lancer cette manifestation, qui en plus a été une réussite", regrettant que les critiques actuelles constituent un manque de respect pour tout le travail accompli.



