Colette Soulages, l'ancre discrète du génie de l'Outrenoir
Colette Soulages, l'ancre du génie de l'Outrenoir

Colette Soulages, l'ancre discrète du génie de l'Outrenoir

Colette Soulages, née à Sète, a fêté ses 105 ans le 14 mars dernier. Elle a vécu huit décennies d'amour et de collaboration avec le célèbre peintre aveyronnais Pierre Soulages, décédé en 2022, et continue aujourd'hui de faire vivre sa peinture avec une dévotion intacte. Portrait d'une complice forte et réservée qui a œuvré dans l'ombre au succès du maître de la lumière.

Une rencontre artistique et fusionnelle

Colette et Pierre Soulages se sont rencontrés aux Beaux-Arts de Montpellier en 1941. Fille d'un entrepreneur sétois passionné de photographie, Colette bénéficie d'une éducation artistique libre, tandis que Pierre, originaire de Rodez, issu d'un milieu modeste, se distingue déjà par son style singulier. Leur union, scellée par un mariage en noir à l'église Saint-Louis de Sète le 24 octobre 1942 en pleine guerre, symbolise un pacte profond. Colette raconte : "Je portais un grand chapeau noir. Nous n'avions invité personne, juste la famille proche." Cette union, mal vue par sa famille bourgeoise, marque le début d'une vie commune dédiée à l'art.

Une collaboration discrète mais essentielle

Installés après-guerre dans un atelier parisien baigné de lumière, Pierre peint des toiles géantes qui rencontrent rapidement le succès. Colette, toujours présente dans l'ombre, photographie, note et conserve tout avec minutie. Elle n'est pas une muse, mais une complice qui attise le feu de la création. Gilles Llaurens, un de ses neveux, les décrit comme "complémentaires, amoureux, ne se disputant jamais". Parfois, elle l'encourage doucement : "Maintenant, Pierre, au travail."

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En 1979, Pierre découvre l'Outrenoir, une révolution artistique de surfaces noires jouant avec la lumière. Colette lui aurait lancé : "Jamais personne n'a fait ça. Je viens de voir quelque chose de neuf." Michel Hilaire, ancien directeur du musée Fabre, souligne : "Elle l'a conforté dans sa radicalité." Leur œuvre commune unique est leur maison à Sète, construite en 1960, classée aux monuments historiques en 2019, reflet de leur sobriété et minimalisme.

Un héritage préservé avec passion

Après la mort de Pierre en 2022, Colette devient la gardienne de son génie, classant, archivant et veillant à ce que sa peinture vive. À 101 ans, elle déclarait : "Pierre m'a demandé que sa peinture vive, il m'a confié cette mission." Lors d'expositions, elle impressionne par sa connaissance parfaite des toiles, malgré des problèmes de vue récents. Son neveu résume : "C'est une femme exceptionnelle qui formait avec Pierre un couple idéal."

Aujourd'hui, à 105 ans, on l'imagine sur la terrasse noire de sa maison de Sète, face à l'"horizon vide" cher à Pierre, perpétuant l'héritage de l'homme qui disait avoir "la chance" d'être son mari. Son rôle discret mais fondamental demeure une inspiration dans le monde de l'art.

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