Plus d'une cinquantaine de paires de chaussures sont suspendues aux arbres qui ornent le skatepark des remparts, à Bayonne. Comment se sont-elles retrouvées perchées là-haut ? Qui se débarrasse ainsi de ses souliers ? Éléments de réponse.
Un spectacle insolite au skatepark
Un jeune homme d'une vingtaine d'années fait une entrée fracassante dans l'enceinte du skatepark de Bayonne, ce 22 mai. Sur son BMX, le risque-tout, sans casque ni protection, enchaîne les accélérations, pirouettes et virages serrés. Même si ses figures impressionnent un petit groupe de spectateurs, c'est une autre curiosité qui aimante leur regard : au-dessus de la tête des riders, à plusieurs mètres de haut, des dizaines de paires de chaussures se balancent aux branches des arbres. Vans, Converse ou Nike. De toutes tailles, de toutes couleurs et de toutes époques, des baskets pendouillent aux quatre coins du terrain de glisse des remparts, situé sur les hauteurs de la Poterne, à deux pas du centre-ville. Pas moins d'une cinquantaine de paires sont accrochées aux arbres du skatepark de Bayonne.
Le nez levé vers la cime des tilleuls, le visiteur recense, à travers le feuillage, pas moins d'une cinquantaine de tandems abandonnés à la mousse. « À cette période de l'année, on ne les distingue pas très bien, relève Andrea Dubourgeat, fondateur de l'association The Bay, qui fréquente le lieu plusieurs fois par semaine. Mais c'est l'hiver, quand les arbres sont nus, que l'on comprend que c'est un véritable phénomène… » Comment ces chaussures se sont-elles retrouvées perchées là-haut ? Qui se débarrasse ainsi de ses souliers et pour quelles raisons ?
Une tradition venue des États-Unis
Rémi Grangé, 51 ans et une carrière de propriétaire de skate shop dans le Xe arrondissement de Paris, parle d'une « tradition très répandue dans la culture skate ». « On retrouve cela dans la plupart des skateparks. À partir du moment où il y a des lampadaires, des câbles électriques ou des arbres à proximité », renseigne celui qui a pas mal bourlingué, la planche à roulettes sous le bras. Le phénomène est né dans les années 2000, aux États-Unis. Depuis, il a gagné l'Europe, notamment Berlin, puis l'Espagne. Baptisée « shoefiti » (contraction de « shoes », « chaussures » en anglais, et de graffiti) ou encore « shoes tossing » (« chaussures lancées »), la pratique s'apparenterait à une nouvelle forme d'art urbain.
« J'aime bien voir toutes ces chaussures rafistolées, complètement abîmées par la pratique », sourit Andrea Dubourgeat. « C'est un délire, reprend Rémi Grangé. Une façon d'apporter ta touche à la déco du parc. » Andrea Dubourgeat connaît, comme beaucoup, la légende urbaine selon laquelle ces chaussures pendues aux fils électriques dans les ruelles peu fréquentées et obscures marqueraient un point de vente de drogue. « Mais ce n'est pas du tout le cas ici », se défend-il.
Un jeu pour les skateurs
Pour preuve, celui qui défend l'idée d'une culture de la glisse accessible à tous, notamment aux enfants des différents quartiers de la ville qui se pressent dans ses cours, guide le visiteur vers « sa » branche. Au niveau d'une ramure qui domine la rampe centrale, se cache une grappe d'une dizaine de baskets dont il fut l'heureux propriétaire. « Pour nous, c'est devenu presque un jeu », raconte le trentenaire qui use une paire tous les deux ou trois mois. Le principe est simple : une fois les lacets noués entre eux, il suffit de lancer ses chaussures en l'air et de prier pour qu'elles s'accrochent du premier coup aux branches. « De temps en temps, j'amène une de mes vieilles paires en cours pour que les enfants tentent leur chance. Mais le coup n'est pas évident à prendre, sourit Andrea Dubourgeat. J'aime bien voir toutes ces chaussures rafistolées, complètement abîmées par la pratique… Ça en dit pas mal sur notre discipline. »



