Basil Träsch tisse la mémoire de Saint-Pierre-des-Corps au Bastille Design Center
Basil Träsch expose une mémoire tissée à Paris

Basil Träsch tisse la mémoire de Saint-Pierre-des-Corps au Bastille Design Center

Basil Träsch, plasticien de 28 ans installé à Arces-sur-Gironde en Pays royannais, vient d'être sélectionné pour le prix Icart artistik rezo. Ce prix dédié à la scène émergente de l'art contemporain lui ouvre les portes du Bastille Design Center à Paris, les lundi 30 et mardi 31 mars 2026. Il y présentera trois œuvres constituant une installation intitulée « Partir à, partir de, à partir de… Saint-Pierre-des-Corps ».

Une première parisienne pour un artiste discret

Cette exposition marque une première parisienne pour ce jeune artiste qui avoue volontiers sa timidité et préfère « se cacher derrière ses œuvres tissées ». Après Paris, il exposera en juillet au kiosque de Saint-Georges-de-Didonne. Basil Träsch lorgne déjà vers d'autres résidences et d'autres territoires à ausculter, nourrissant le rêve de « marcher un peu dans les pas » des grands noms de l'art qu'il admire dans les musées ou à la Biennale de Venise.

Un geste plastique singulier : du lambeau à la mémoire

Pour révéler des récits enfouis, Basil Träsch a forgé une méthode unique. Il collecte des archives, photographies, cartes et iconographies, les imprime sur papier ou sur tissu, puis les découpe en fines bandes avant de les entrelacer. Ce processus de mise en lambeaux n'est pas anodin : « Souvent, quand on détruit des documents, on les met dans des broyeuses et ça fait des lambeaux. C'est comme construire à partir de cette destruction », explique-t-il. Entre le repérage dans les archives et la pièce terminée, il faut compter quatre à cinq mois de travail lent et minutieux.

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L'installation présentée à Paris est née d'une résidence d'un an à Saint-Pierre-des-Corps en Indre-et-Loire. Une ville qui, de prime abord, semblait « pas très jolie, tout est gris et un peu stérile ». Mais en explorant les archives et en arpentant les rues, l'artiste a découvert des liens remarquables avec l'international, cousus jusque dans les noms de ses rues.

Des histoires locales aux résonances internationales

Une œuvre évoque Raymonde Dien, une femme qui dans les années 1950 s'est allongée sur les voies de chemin de fer pour empêcher une livraison de chars destinés à l'Indochine. Basil Träsch confronte une photo de la gare de Saint-Pierre avec une image d'Indochine, reliant deux mondes que tout semble opposer.

Une autre pièce plonge dans le jumelage de la ville avec Hébron en Palestine. Alors que la guerre éclatait pendant ses recherches, les médias ne montraient que destruction et violence. « Je trouvais que ça déshumanisait le conflit », souligne-t-il. Il a donc choisi de tisser des photos personnelles d'un habitant ayant participé à un échange diplomatique, montrant un marché et une vie ordinaire loin du sensationnalisme.

Une philosophie de l'engagement modeste

Pour Basil Träsch, l'engagement ne se mesure pas à l'échelle des grandes causes : « On n'est pas obligé de vouloir changer le monde. Changer un peu son propre regard, ça peut suffire à faire bouger les choses ». Le titre de l'installation reflète cette approche : « À partir d'un petit point, si on approfondit suffisamment, il peut y avoir une ouverture plus grande ».

Des origines dans les conflits et une formation exigeante

Cette démarche est née d'un choc lors de séjours au Kosovo et en Macédoine, où Basil Träsch a découvert que pendant les guerres de l'ex-Yougoslavie, les archives étaient détruites pour éradiquer la culture de l'autre. « Les archives avaient autorité de création historique avec un grand H, alors que c'est juste du papier et de l'encre », constate-t-il.

Après un premier passage aux Beaux-Arts de Limoges, un burn-out et une perte de sens, il a repris ses études à Tours à l'école supérieure d'art et de design TALM, puis s'est formé à Berlin dans la classe Raumstrategien, axée sur le postcolonialisme et l'espace public. Sa mission est désormais tracée : exhumer des récits oubliés, invisibles des représentations officielles mais présents en creux dans l'espace public.

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La précarité assumée de la vie d'artiste

Basil Träsch connaît bien la précarité de la vie d'artiste : « Pour l'instant, c'est très difficile de vivre de son art ». Mais il ne s'en plaint pas, candidatant à des résidences, essuyant des refus comme pour celle au Cambodge qu'il n'a pas obtenue, et persévérant avec la conviction que « plus ça va, plus je suis content d'être là où je suis ».