Guillaume Barclay sublime les flacons du Musée de la Parfumerie
Barclay sublime les flacons du Musée de la Parfumerie

Le photographe Guillaume Barclay, basé à Cap d'Ail, expose une quarantaine de clichés de flacons d'exception au Musée international de la parfumerie (MIP) de Grasse, jusqu'au 7 mars 2027. Grâce à sa technique signature par fibre optique, l'artiste réinvente la nature morte et insuffle une dimension cosmique au patrimoine de la haute parfumerie.

Un studio délocalisé au cœur du musée

Habitué à tirer le portrait de personnalités, de nus ou de créations gastronomiques, Guillaume Barclay a délocalisé son studio au cœur de l'institution grassoise. L'objectif est d'offrir un regard inédit sur la collection du musée à l'occasion du bicentenaire de la photographie. De cette rencontre entre le médium photographique et le patrimoine de la parfumerie est née une exposition immersive où le flacon, sublimé, cesse d'être un simple contenant pour devenir objet d'art à part entière.

Lors des séances de shooting, le photographe guide un fin faisceau lumineux autour des flacons, avec des temps de pause de trente à cinquante secondes. Une silhouette penchée dans la pénombre, le geste précis et le regard affûté : les horloges se sont arrêtées le temps de plusieurs séances insolites.

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L'art du « light painting » à la fibre optique

Loin des flashes de studio traditionnels qui figent la matière sous une lumière uniforme, Guillaume Barclay travaille à la fibre optique. Le brin lumineux devient son crayon, son outil de sculpteur d'espace. « La fibre optique permet d'être extrêmement précis. C'est comme un stylo avec lequel je viens éclairer le sujet », explique l'artiste. « Un flash reste au même endroit. Moi, je bouge autour de l'objet, je trace un chemin. »

Le résultat est saisissant. Sur fond noir intense, la lumière ne se contente pas d'éclairer la matière : elle semble irradier du verre lui-même. La technique crée des ombres portées donnant l'illusion d'un collage, et fait affleurer de subtils reflets colorés sur la transparence du cristal. Les flacons semblent flotter et émettre un scintillement aux allures de poussière d'étoiles.

Un clin d'œil généalogique et tropézien

Parmi les quarante clichés retenus pour le parcours, l'une des photographies comporte une résonance émotionnelle et intime toute particulière pour Guillaume Barclay. Au cours des prospections au sein des inventaires du musée, l'équipe a exhumé un flacon mythique : la bouteille du parfum Saint-Tropez, créée à l'époque par le célèbre producteur de musique et éditeur Eddie Barclay, le père du photographe. Un flacon au design si singulier, arborant un profil légèrement incliné coiffé d'un bouchon sculpté plus imposant, désigné sous le terme technique de « capot ».

Pour traduire visuellement cette alchimie, Guillaume Barclay a opté pour un procédé de tirage d'une grande modernité : la subligravure sur plaques de plexiglas. Réalisés dans un laboratoire spécialisé à Paris, ces tirages confèrent aux visuels un aspect laqué offrant une profondeur spectaculaire aux aplats de noirs profonds.

Piazzolla, subligravure et scénographie : le grand ballet sensoriel

Le cœur battant de l'expérience réside dans l'espace immersif conçu spécialement pour l'exposition. Dans une salle fermée plongeant le visiteur dans la pénombre, la confrontation physique entre les flacons originaux installés dans leurs vitrines et leurs doubles photographiques grand format prend toute sa dimension. L'élément culminant de ce dispositif scénographique est un diaporama dynamique de près de quatre minutes projeté sur un écran de qualité cinématographique. Présentant plus d'une soixantaine de clichés capturés lors des séances de shooting, ce montage vidéo se conçoit comme une œuvre visuelle à part entière.

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Pour rythmer cette symétrie des formes, Guillaume Barclay a choisi de marier ses images aux compositions fiévreuses et dramatiques d'Astor Piazzolla, le maître incontesté du nuevo tango. Sous les accents tendus et saccadés du bandonéon, le diaporama transforme l'exposition en une véritable chorégraphie. Les flacons entrent en scène tour à tour, surgissent de l'obscurité, pivotent et disparaissent dans un tempo étourdissant qui évoque un feu d'artifice ou un ballet nocturne. « Nous voulions un montage vif, dynamique, comme une sorte de petit ballet visuel où les objets entrent en scène de manière théâtrale », confie l'artiste. « En associant la musique de Piazzolla à la projection, les flacons cessent d'être de la matière inerte. C'est un peu le mythe d'une nuit au musée où les œuvres se réveillent et prennent vie dès que la lumière s'éteint. »

Pour les responsables du Musée international de la parfumerie, cette collaboration marque une étape dans la valorisation novatrice de son fonds exceptionnel. En mariant le savoir-faire verrier du passé à la création contemporaine, le MIP confirme sa vocation de lieu d'expérimentation culturelle où la science, l'histoire et l'art dialoguent en toute liberté.

L'exposition est visible jusqu'au dimanche 7 mars 2027 au Musée International de la Parfumerie, 2 Boulevard du Jeu de Ballon à Grasse, tous les jours de 10h à 18h sauf les 1er janvier, 25 décembre et le 1er lundi du mois de janvier, février, mars. Tarifs : 3 à 6 euros. Renseignements au 04.97.05.58.11 ou sur www.museesdegrasse.com.