En 1987, Claude Reynaud, historien et collectionneur passionné de mécanique, entreprend l'écriture d'un livre sur les origines de la moto : La Préhistoire de la moto dans le monde : des origines à 1906. Qui l'a inventée ?. Face aux revendications nationales – les Américains pour Roper, les Anglais pour Copeland, les Allemands pour Daimler – Reynaud adopte une approche rigoureuse, examinant brevets, biographies et archives. Sa conclusion est sans appel : c'est un Français, Louis-Guillaume Perreaux, ingénieur et fabricant de machines de précision et de « vélocipèdes à vapeur à grande vitesse », qui a inventé la première moto de l'histoire en 1871.
La découverte d'un trésor méconnu
Après avoir visité tous les musées techniques de France, Claude Reynaud apprend qu'un vélocipède à vapeur de Perreaux dort dans les écuries du château de Sceaux. Il obtient difficilement un rendez-vous et découvre la machine, « un vieux vélo rouillé » aux yeux du conservateur. Reynaud comprend qu'il s'agit d'un trésor méconnu. Des années de patience s'ensuivent.
La rencontre décisive
Quelques décennies plus tard, Claude Reynaud fait la connaissance de Jean-Pierre Kreder, ingénieur et restaurateur de motos anciennes. Kreder, qui a déjà restauré une vingtaine de machines, cherchait l'ancêtre manquant à sa collection. En découvrant les travaux de Reynaud et son livre sur Perreaux, il prend une décision radicale : construire une réplique fidèle de la première moto française.
La restauration officielle
En juin 2023, la nouvelle conservatrice du château de Sceaux invite Jean-Pierre Kreder à participer à la restauration officielle de la machine, mandatée par le ministère de la Culture. Pour la première fois, le vélocipède est démonté. Kreder accède à son intérieur et prend toutes les mesures nécessaires. Après près de sept mille heures de travail, la réplique est achevée. « C'est un travail de fourmi, mais voir cette machine reprendre vie est une immense satisfaction », confie Jean-Pierre Kreder.
Exposition au musée du Vélo et de la Moto
Aujourd'hui, la réplique a rejoint le château du Bosc, au musée du Vélo et de la Moto de la ville (RN100, 30390 Domazan). Face à elle, une réplique américaine de la même époque, celle de Roper, est également exposée. Le musée offre ainsi aux visiteurs un panorama unique des débuts de la moto, avec deux pièces maîtresses qui illustrent les innovations concurrentes de la fin du XIXe siècle.



