Un dialogue architectural entre siècles au service du patrimoine maritime
Le tout nouveau Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (Ciap) de Saint-Jean-de-Luz-Ciboure, situé au couvent des Récollets, représente une réussite remarquable. Ce projet ambitieux a consisté à restaurer ce bâtiment vieux de quatre siècles, datant de 1611, tout en préservant son âme historique, et à l’intégrer au XXIe siècle grâce à une extension contemporaine élégante. Sa mission noble est de raconter le riche patrimoine maritime de la baie, un défi architectural relevé avec brio par l’architecte du patrimoine Rémi Desalbres et l’agence Arc & Sites.
Une restauration respectueuse des matériaux anciens
Le cloître du couvent des Récollets, inauguré pour le Ciap, témoigne d’un soin minutieux apporté aux détails. La couverture de tuiles historiques, moulées artisanalement et vieilles pour certaines de plus de deux cents ans, a été partiellement préservée. La charpente, affaiblie par des infiltrations, a été renforcée, le solivage refait et les superbes planchers en chêne repris. Cette approche met en valeur des artisans et matériaux de qualité, créant un dialogue harmonieux entre les XVIIe et XXIe siècles.
Une extension contemporaine en hommage aux traditions locales
Les visiteurs sont accueillis par une belle extension contemporaine, construite en chêne issu des forêts landaises, béarnaises et gersoises. Ce choix constitue un double clin d’œil aux pans de bois traditionnels des maisons basques et à la construction navale, autrefois très active autour de la baie. Le parvis offre une vue imprenable sur le port de Larraldenia, les maisons d’armateurs du quai Ravel et les phares d’alignement d’André Pavlovsky, offrant un cadre idéal pour découvrir l’histoire maritime.
La pêche à la sardine et ses traditions
Le Ciap raconte notamment la pêche à la sardine, pratiquée du XVIIIe siècle à la Seconde Guerre mondiale, qui représentait 83 % de l’activité de la criée en 1940. Les femmes jouaient un rôle crucial, vendant les poissons en parcourant jusqu’à 6 lieues avec un panier sur la tête, ou les transformant en conserves. Une vidéo présente Annie Irazoqui, qui évoque la friture des sardines et les douze heures de travail imposées par chaque arrivage.
L’emblématique chaloupe sardinière « Alba »
Amarrée dans la baie, « Alba » est une réplique d’une chaloupe sardinière traditionnelle de 1907, réalisée par Julien Marin selon la technique des membrures d’acacia ployées, propre à la région. Ce bateau symbolise l’importance de la pêche à la sardine et illustre les compétences artisanales locales, avec un bois chauffé, courbé et riveté à la coque pour un résultat à la fois souple et léger.
L’évolution vers la pêche au thon et au merlu
Après-guerre, les Basques ont importé de Californie la pêche au thon à l’appât vivant, utilisant des thoniers comme l’« Airosa », dernier survivant de cette époque. Le thon reste le fleuron de la criée, aux côtés du merlu de ligne, pêché par une flottille de petits bateaux le long de la côte basco-landaise. Le Ciap propose une vidéo où Luxiano Arambarri, pêcheur sur l’« Airosa », raconte son apprentissage des hameçons.
Le couvent des Récollets : un repaire de corsaires et d’armateurs
L’ancien dortoir des moines, transformé en salle d’exposition permanente, évoque le XVIIe siècle, âge d’or du port de Saint-Jean-de-Luz, repaire de corsaires au service du roi. Les visiteurs découvrent les grands armateurs qui ont construit autour de la baie des demeures excentriques, influencées par les styles italien, parisien ou flamand. Lors du mariage de Louis XIV en 1660, ces maisons ont accueilli des dignitaires comme Mazarin et Anne d’Autriche, marquant un événement historique majeur.
La vie quotidienne des moines et des douaniers
Le cloître abrite une superbe citerne à eau pluviale offerte par Mazarin aux moines franciscains, les dispensant de corvée d’eau. Les galeries mènent à des salles peintes et à une chapelle restaurée avec style, malgré ses usages variés après la Révolution : caserne, magasin, hôpital, prison, bureau des Douanes et atelier de salaison de poisson. Le Ciap détaille avec humour la vie des douaniers, qui déjeunaient face au port et bricolaient des enclos pour les animaux saisis.
Explorer au-delà : le garum de Guéthary et la pêche à la baleine
Pour approfondir l’histoire maritime basque, des sites complémentaires sont à découvrir. À Guéthary, le musée Saraleguinea explique la production du garum, un condiment romain à base de poissons macérés, grâce à une maquette illustrant les techniques anciennes. Près de Bidart, la tour de guet de Koskenia rappelle la pêche à la baleine, pratiquée dès le XIe siècle avec des techniques reprises mondialement. Les vestiges de fours sur la plage de l’Uhabia témoignent de la transformation du lard en huile.
Les campagnes de pêche à Terre-Neuve et les traditions hivernales
À partir du XVIe siècle, les baleiniers basques partaient pour Terre-Neuve, avec 60 à 80 navires transportant des chaloupes et des marins pour des campagnes de février à octobre. L’hiver était la saison des retrouvailles et des réjouissances, célébrée notamment avec la fête de saint Vincent à Ciboure le 22 janvier, assurant le retour de tous les pêcheurs.
Informations pratiques pour les visiteurs
Le Ciap Saint-Jean-de-Luz-Ciboure, inauguré lors des Journées du patrimoine, rouvrira pour les vacances de la Toussaint. Des visites guidées sont proposées par le Pays d’art et d’histoire. D’autres sites à visiter incluent le chantier naval Marin à Ascain, l’association Trois-Mâts basque pour des balades sur « Alba », et le musée Saraleguinea à Guéthary. Pour se restaurer, des adresses comme Ekaitza et La Table de Megumi offrent des expériences culinaires inspirées des produits locaux, tandis que l’Auberge Hiribarren et La Maison de l’Uhabia proposent hébergement et repas dans une ambiance chaleureuse.



