Peter Zumthor : « Je travaille comme un artiste, mais c'est une posture difficile »
Peter Zumthor : « Je travaille comme un artiste »

L'architecte suisse Peter Zumthor, lauréat du prix Pritzker 2009, a accordé un entretien au Monde dans le cadre de la série d'été. Il y livre une réflexion sur sa pratique, qu'il compare à celle d'un artiste, mais dont il reconnaît la difficulté croissante. « Je travaille comme un artiste, mais c'est une posture de plus en plus difficile à tenir », a-t-il déclaré.

Une approche lente et artisanale

Zumthor, connu pour ses bâtiments en béton et en bois, revendique une architecture lente, proche de l'artisanat. Il explique que chaque projet est une recherche, un dialogue avec les matériaux et le lieu. « L'architecture n'est pas un métier comme les autres », insiste-t-il, soulignant l'importance de l'expérience sensorielle dans ses réalisations.

L'architecte, âgé de 82 ans, évoque également la pression économique et temporelle qui pèse sur les projets contemporains. « On me demande souvent d'aller plus vite, de réduire les coûts, mais cela va à l'encontre de ma vision », confie-t-il. Cette tension entre exigence artistique et contraintes pratiques est au cœur de sa réflexion.

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La transmission et l'enseignement

Au-delà de ses réalisations, Peter Zumthor se consacre à la transmission. Il a enseigné dans plusieurs écoles d'architecture, notamment à l'Accademia di Architettura de Mendrisio. Il regrette que les jeunes architectes soient souvent formés à la rapidité et à la rentabilité, au détriment de la qualité et de la durabilité.

« L'architecture devrait être un acte de résistance », affirme-t-il. Il appelle à une prise de conscience collective sur l'impact environnemental des constructions. « Chaque bâtiment doit être pensé pour durer, pour s'intégrer dans son environnement, pour être utile aux générations futures », ajoute-t-il.

Un regard sur l'avenir de la profession

Interrogé sur l'évolution de l'architecture, Zumthor se montre prudent. Il observe une tendance à la standardisation et à la dématérialisation, qu'il juge préoccupante. « On construit trop, trop vite, et souvent sans nécessité », déplore-t-il. Il prône une architecture plus sobre, plus réfléchie, à l'image de ses propres œuvres, comme les thermes de Vals ou le musée Kolumba de Cologne.

Peter Zumthor conclut sur une note d'espoir : « Il y a encore des clients qui croient en une architecture de qualité, et c'est pour eux que je continue. » Il prépare actuellement plusieurs projets, dont un musée en Norvège et une extension de la Fondation Beyeler à Bâle, qui devraient voir le jour dans les prochaines années.

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