Bègles propose des obsèques civiles dans les mairies, une idée soutenue par Noël Mamère
Obsèques civiles dans les mairies : une proposition architecturale

Une exposition architecturale propose de transformer les salles des mariages en lieux d'obsèques civiles

Soutenus avec conviction par Noël Mamère, l'ancien maire de Bègles, les architectes Siegrid Péré-Lahaille et Antoine Carde suggèrent aux municipalités que leurs salles des mariages accueillent également les obsèques civiles des personnes ne se réclamant d'aucune religion. Cette proposition audacieuse fait l'objet d'une exposition au premier étage du CAPC, le musée d'art contemporain de Bordeaux, jusqu'au 22 mars.

Une installation minimaliste pour une idée concrète

À l'entrée de la galerie, une installation des plus minimalistes intrigue les visiteurs. Aucune maquette de bâtiment, pas de vidéo, ni même un plan. Seule une bande-son tourne en boucle, avec des compositions de Jean-Paul Roy, l'ex-bassiste de Noir Désir. Sur le mur est placardée une photographie de la mairie de Bègles, accompagnée d'un manifeste au titre mystérieux : « Oh… funérailles ! ».

Leur intention est moins de créer une ambiance que d'instiller dans l'esprit du visiteur une idée finalement très concrète : celle de pouvoir célébrer des obsèques civiles dans les mairies. « De son vivant, le défunt n'avait pas forcément envie que soient célébrées ses funérailles dans un édifice religieux ou dans un lieu relevant des pompes funèbres », explique Antoine Carde, fondateur en 2001 avec Siegrid Péré-Lahaille de l'agence béglaise Éo, toutes architectures.

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Le soutien déterminant de Noël Mamère

En feuilletant le livre d'or posé solennellement sur un pupitre, on découvre deux pages signées Noël Mamère, maire de Bègles de 1989 à 2017. « S'aventurer sur le terrain de notre rapport à la mort est périlleux », écrit l'ancien journaliste et député. Sans en être l'initiateur, il est au cœur de ce projet de « funérailles pour tous », qui renvoie évidemment à ce fameux 5 juin 2004, date à laquelle il avait célébré l'union de deux hommes, neuf ans avant la loi autorisant le mariage entre personnes de même sexe.

Son texte de soutien se termine par un appel vibrant : « Mesdames et messieurs les élu.es, il est temps d'ouvrir les portes de vos mairies aux morts comme aux vivants ! »

Une longue chronologie législative

Le sujet n'est pas nouveau. La liberté des obsèques, civiles ou religieuses, a été établie par la loi du 15 novembre 1887. En 2007, une première proposition de loi avait été examinée par l'Assemblée nationale pour instituer des « funérailles républicaines ». Une deuxième proposition a été déposée en 2008 pour « permettre aux personnes désirant des obsèques civiles d'avoir le droit à une cérémonie dans un lieu décent ».

L'instauration de « funérailles républicaines » a finalement été adoptée en 2016 par l'Assemblée avant d'être rejetée deux ans plus tard par le Sénat. « Le but est de mieux garantir sur le plan juridique l'égalité entre les personnes souhaitant des obsèques civiles et celles souhaitant des obsèques religieuses », argumentait le rapporteur de 2016.

Un angle mort de la République

Pour Antoine Carde, cette absence de loi est – c'est le cas de le dire – « un angle mort de la République ». Siegrid Péré-Lahaille pense également aux simples citoyens qui disparaissent dans la solitude et la misère : « Pour tous ceux qui n'ont rien ni personne, la République serait là jusqu'au bout ».

Aujourd'hui, l'utilisation d'une salle communale pour des funérailles laïques, moyennant théoriquement une redevance, est à la seule appréciation de la mairie. Sur le fond, qu'est-ce qui pouvait gêner les opposants à cette loi ? De voir un cercueil entrer dans une mairie ?

Une solution simple et gratuite

Les deux architectes n'ont aucun intérêt matériel dans l'affaire. Plus prosaïquement, ils n'ont rien à vendre. Leur solution ne suppose pas le moindre chantier. « Toutes les mairies ont une salle pour célébrer les mariages, il suffit d'y célébrer aussi les funérailles », disent-ils. « Ce lieu existe, il faut simplement le renommer. Le fait de nommer les choses permet de les transformer ».

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Noël Mamère devance la question. S'il était encore en fonction, aurait-il mis la société devant le fait accompli en autorisant des obsèques civiles dans sa mairie, indépendamment du cadre légal ? « Oui, bien sûr. Je les aurais organisées avec eux », affirme-t-il. « En 2004, j'avais désobéi au nom de l'égalité des droits. Ils s'inscrivent dans cette même logique. Pour moi, la politique, c'est la recherche de ce qui est juste ».

L'égalité, en la circonstance, irait de pair avec la gratuité. L'utilisation de cette salle de cérémonie ne serait pas soumise à tarification. « On ne nous demande pas de payer pour se marier ou se pacser », observe le candidat à l'élection présidentielle de 2002.

Siegrid Péré-Lahaille et Antoine Carde ont lancé une idée. La mission qu'ils se sont attribuée s'arrête là. L'étape suivante consisterait à trouver un nom à cette salle. Mais ce type d'inspiration, à leurs yeux, « c'est du ressort d'un écrivain ». En attendant, ils parlent de « salle républicaine ».