Dans une tribune publiée par Libération, l'écrivaine Jakuta Alikavazovic explore ce que serait sa maison rêvée. Un texte intime qui mêle souvenirs d'enfance, réflexions sur l'exil et aspirations utopiques, dans le cadre d'une série consacrée à l'habitat.
Une maison entre mémoire et exil
Jakuta Alikavazovic, née à Paris de parents yougoslaves, évoque d'abord les maisons de son enfance, celles de ses grands-parents en Yougoslavie, détruites pendant les guerres. Elle décrit des lieux qui n'existent plus, mais qui continuent de hanter ses nuits. « Ces maisons sont des ruines, mais des ruines qui rêvent encore », écrit-elle.
L'exil est au cœur de sa réflexion. Elle explique que la maison rêvée ne peut pas être un lieu fixe, mais plutôt un espace en mouvement, un « non-lieu » qui permettrait de réconcilier ses multiples appartenances. Elle cite l'écrivain W.G. Sebald, pour qui l'exil est une condition de l'écriture.
Une utopie concrète
La maison rêvée de Jakuta Alikavazovic prend la forme d'une bibliothèque-labyrinthe, inspirée de la bibliothèque de Borges. Elle imagine des murs de livres, des escaliers qui mènent à des pièces secrètes, et des fenêtres ouvertes sur des paysages changeants. « Une maison qui serait à la fois un refuge et un départ », précise-t-elle.
Elle insiste sur l'importance de la lumière, du silence et de la végétation. Sa maison idéale aurait un jardin intérieur, avec des plantes grimpantes et des arbres fruitiers. Elle rêve aussi d'un atelier d'artiste, où elle pourrait écrire et recevoir ses amis.
Une critique de l'habitat contemporain
À travers cette utopie, Jakuta Alikavazovic critique l'habitat standardisé et la logique spéculative de l'immobilier. Elle dénonce des logements conçus comme des produits financiers, sans âme ni mémoire. Selon elle, la maison rêvée est une « résistance poétique » face à cette uniformisation.
Elle appelle à repenser l'architecture et l'urbanisme pour favoriser des espaces plus humains, ouverts sur l'autre et sur le monde. Elle cite l'architecte finlandais Alvar Aalto, pour qui l'architecture doit servir la vie, et non la contraindre.
Un appel à la lenteur
Finalement, Jakuta Alikavazovic conclut que la maison rêvée est une maison lente, où le temps s'étire, où l'on peut flâner, lire, rêver. Elle oppose cette lenteur à l'accélération du monde contemporain. « La maison rêvée est un antidote à la vitesse », affirme-t-elle.
Elle invite chacun à imaginer sa propre maison rêvée, non pas comme un projet immobilier, mais comme un exercice de liberté intérieure. La tribune s'achève sur une note d'espoir : « Tant que nous saurons rêver nos maisons, nous saurons habiter le monde. »



