En moyenne montagne, les artistes sur la piste d'un après-ski
Artistes en moyenne montagne : l'après-ski en chantier

Dans les Alpes, à 1 200 mètres d'altitude, la station de Saint-Pierre-de-Chartreuse (Isère) vit une mutation silencieuse. Alors que le ski alpin décline sous l'effet du réchauffement climatique, des artistes investissent les infrastructures désaffectées pour proposer une alternative culturelle. Depuis 2020, le collectif « Les Aiguilleurs » a transformé l'ancienne patinoire en salle de spectacle et d'exposition. « Nous voulons montrer qu'il est possible de faire vivre ces lieux sans neige », explique sa fondatrice, Claire Dubois.

Une programmation ambitieuse

Le collectif propose une cinquantaine d'événements par an, du théâtre à la danse contemporaine, en passant par des concerts. En 2023, la fréquentation a atteint 12 000 spectateurs, soit une augmentation de 20 % par rapport à l'année précédente. « Les touristes viennent désormais pour la culture, pas seulement pour le ski », souligne Claire Dubois. La mairie de Saint-Pierre-de-Chartreuse a alloué une subvention de 50 000 euros en 2024 pour soutenir cette reconversion.

Un modèle économique fragile

Malgré ce succès, le modèle reste précaire. Le collectif fonctionne avec trois salariés et une vingtaine de bénévoles. Les recettes de billetterie couvrent à peine 40 % du budget annuel de 200 000 euros. « Nous cherchons des partenariats privés et publics pour pérenniser l'activité », indique la directrice. D'autres stations, comme Le Mont-Dore (Puy-de-Dôme) ou Les Gets (Haute-Savoie), expérimentent des formules similaires, avec des résidences d'artistes et des festivals estivaux.

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Un enjeu de territoire

Ces initiatives répondent à un double enjeu : maintenir une activité économique dans les stations tout en proposant une offre culturelle de qualité. Selon une étude de l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) publiée en 2023, 60 % des stations de moyenne montagne (entre 1 000 et 1 500 mètres) envisagent une diversification de leurs activités d'ici 2030. « L'art et la culture sont des leviers essentiels pour attirer une clientèle différente, moins dépendante de l'enneigement », analyse Jean-Pierre Martin, géographe spécialiste des territoires de montagne.

À Saint-Pierre-de-Chartreuse, le pari semble gagnant. La commune a vu sa population estivale augmenter de 15 % depuis 2020, et les commerces de proximité bénéficient de l'afflux de visiteurs. « Nous avons rouvert la boulangerie et le café, fermés depuis dix ans », se réjouit le maire, François Blanc. Reste à savoir si ce modèle pourra être dupliqué à grande échelle, alors que le réchauffement climatique menace directement l'économie du ski.

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