La foi chrétienne gagne du terrain dans la Silicon Valley
Autrefois réputée pour son athéisme, la Silicon Valley voit affluer de plus en plus de chrétiens technophiles, tourmentés par les implications éthiques de leur travail et en quête de réponses spirituelles. Pour répondre à cette demande, plusieurs magnats de la tech ont organisé des conférences et mis en place des groupes de prière et de rencontres pour chrétiens au cœur de la baie de San Francisco, rapporte le journal britannique The Times.
Des déjeuners de prière chez Google DeepMind
Richard Zhang, 33 ans, chercheur à Google DeepMind, anime depuis quatre ans un déjeuner de prière mensuel au siège de l’entreprise, à Mountain View, en Californie. Le principe : réunir une dizaine d'employés pour discuter des implications les plus préoccupantes de l’IA pour l’humanité. L'initiative est née de nombreuses questions sur la manière d'intégrer l'IA dans leur vie : « Puis-je avoir un pasteur IA ? Est-il bon d’avoir des chants de louanges générés par une IA ? Puis-je demander à une IA de lire la Bible ou de prier avec moi, ou d’évaluer ma spiritualité ? »
FaithTech : une ONG pour allier technologie et croyances
James Kelly a fondé FaithTech, une ONG qui aide les travailleurs chrétiens à réfléchir sur l'alliance entre technologies et croyances religieuses. Créée il y a dix ans, elle compte plus de cinquante antennes, dont une dans la Silicon Valley, et rassemble un nombre croissant d'employés de Meta, Amazon, Microsoft et Google, toutes nationalités confondues, se réunissant une fois par mois. Face aux interrogations éthiques sur l'IA, James Kelly appelle à la raison : « Il est dangereux de vouloir utiliser l’IA pour remplacer la capacité unique de Dieu à transcender la mort ou à accorder la vie et l’immortalité », confie-t-il au Times.
Pat Gelsinger et le symposium Missional AI
Pat Gelsinger, ancien directeur d'Intel, est intervenu à Missional AI, un symposium organisé en avril en Californie, visant à promouvoir une technologie menant à « l’épanouissement humain plutôt qu’à sa désagrégation ».
Le pape Léon XIV et l'IA : une « nouvelle révolution industrielle »
Le pape Léon XIV s'inscrit dans une lecture critique du développement de l’IA, appelant les créateurs à « cultiver le discernement moral » et à en faire un « élément fondamental de leur travail ». Il considère l'IA comme une « nouvelle révolution industrielle » posant des défis majeurs pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail. Il a choisi son nom en référence à Léon XIII, qui avait défendu les droits des travailleurs face aux bouleversements de la révolution industrielle au XIXe siècle.
Les Dialogues de Minerve : un pont entre le Vatican et la Silicon Valley
Depuis 2016, le Vatican a lancé les Dialogues de Minerve, réunissant à huis clos experts de l’IA et responsables religieux à Rome. Ces échanges ont mis en lumière une convergence d’intérêts : pour la Silicon Valley, l’Église constitue un référentiel moral ; pour le Vatican, il s’agit de peser sur les orientations éthiques d’une technologie structurante. Eric Salobir, prêtre français à la tête de l’ordre des prêcheurs pour les technologies, estime que ces échanges reposent sur deux « systèmes d’exploitation différents » : l’un centré sur les conséquences mesurables, l’autre sur les valeurs et les devoirs moraux. « On peut être en désaccord avec la pluie, mais on sera quand même mouillé », ajoute-t-il.
Des penseurs catholiques dans les entreprises d'IA
Cette interaction a des effets concrets : des penseurs catholiques participent à l’élaboration des cadres éthiques de certaines entreprises. Chez Anthropic, la rédaction de la « constitution » du modèle Claude a intégré la contribution d'intellectuels catholiques, dont un prêtre, un évêque et un théologien, pour répondre à des questions anthropologiques inédites.
Cependant, Ryan Burge, directeur de recherche à Faith Counts, reste sceptique. Selon lui, la baie de San Francisco reste probablement la région la moins croyante des États-Unis.



