Emma, 21 ans, passe 7h19 par jour sur son téléphone : immersion dans une dépendance numérique
7h19 par jour sur le téléphone : le témoignage d'une étudiante

7h19 par jour sur le téléphone : le quotidien numérique d'une étudiante

Verdict : 7 heures 19 minutes. C'est le temps moyen que passe quotidiennement Emma*, 21 ans, étudiante en banlieue parisienne, sur son iPhone 17 Pro bleu nuit. Un chiffre qui peut grimper à plus de onze heures certains dimanches, comme elle l'admet avec une certaine gêne.

Un téléphone transformé en journal intime

Lorsqu'elle entre dans la rédaction, vêtue d'une veste chamois et les cheveux retenus par une queue-de-cheval, Emma dépose négligemment son écharpe et son smartphone sur la table. La coque transparente révèle un véritable trésor personnel : un sticker Madame Câlin, un alpaga en carton, des photos de sa sœur et de sa meilleure amie, des confettis ramassés en concert, un code-barres du parc national de Krka en Croatie, et un dessin de béluga. « Autant de souvenirs qui donnent à son téléphone des airs de journal intime », observe-t-elle.

La faute aux 219 notifications quotidiennes et à TikTok

Par cette journée ensoleillée de février, Emma reconnaît sans détour : « Mon temps d'écran est énorme, j'en ai bien conscience. » Elle attribue cette consommation aux 219 notifications reçues chaque jour, mais surtout à TikTok où elle passe trois heures quotidiennes en moyenne. S'ajoutent une heure sur WhatsApp, une autre sur Netflix, une demi-heure sur Safari, et du temps pour les messages. Instagram ne capte son attention que 25 minutes par jour.

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« Je suis une ado Covid » : la génération façonnée par les confinements

C'est pendant la pandémie que l'étudiante s'est véritablement plongée dans les formats courts verticaux. « Avant, j'avais déjà Musical.ly, l'ancêtre de TikTok. Mais c'est pendant le premier confinement, alors que j'étais en troisième, que je me suis vraiment mise dessus », explique-t-elle. En mars 2020, l'application chinoise connaît une explosion mondiale : selon Harris Interactive, 35% des 15-24 ans l'utilisaient en mai 2020 contre seulement 8% en 2019. « Il y a eu les bébés Covid. Moi, je fais partie de la génération des ados Covid », souligne Emma.

L'algorithme personnel : un mélange d'actualité et d'autodérision

Sur TikTok, elle scrolle sans fin. « C'est dingue, je ne saurais même pas dire ce que je regarde dessus ! » Son algorithme, exclusivement en anglais, mêle résumés d'actualité (Hugo Décrypte, Brut, Paris Match) et vidéos humoristiques. « En ce moment, avec ce qui se passe dans le monde, ce sont surtout des contenus sur la France qui va peut-être entrer en guerre, avec de l'autodérision sur ce que nous, les Gen Z, on va bien pouvoir porter au combat », détaille-t-elle. Les commentaires l'attirent parfois plus que les vidéos elles-mêmes.

De la culpabilité à l'acceptation

Ces soirées passées sur iPhone l'ont-elle fait culpabiliser ? « Quand j'ai quitté le domicile familial, je me sentais un peu coupable, je me disais que je pouvais faire tellement plus de choses utiles », confie-t-elle. Aujourd'hui, cette culpabilité a disparu : « Si c'est ce qui me fait plaisir après une longue journée, pourquoi me restreindre ? D'autant plus que j'ai vraiment le sentiment d'être en contrôle », même si elle reconnaît que son algorithme l'a « très bien cernée ».

« TikTok, c'est le monde de l'overstimulation »

Emma s'intéresse également à des contenus plus niche : « Ces vidéos qui juxtaposent des extraits de podcasts américains ou des histoires vécues sur des images totalement décalées, comme de l'origami ou des presses techniques qui écrasent des matériaux. » Ces expériences proches de l'ASMR traduisent sa recherche de stimulation. « TikTok, c'est le monde de l'overstimulation », résume-t-elle.

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Les effets indésirables : un temps d'attention réduit

Cette surcharge cognitive a des conséquences : « Je me rends bien compte que j'ai un temps d'attention réduit. J'ai énormément de mal avec le long, que ce soit les vidéos YouTube qui excèdent 50 minutes, ou les épisodes de Bridgerton sur Netflix », avoue-t-elle. Même sur TikTok, « quand je vois qu'une vidéo dure plus d'une minute trente, je scrolle, je sais que je ne la terminerai pas ». Sa solution ? « Quand je regarde un film et qu'une scène m'ennuie, je la saute en avançant de dix secondes. »

Rituels et habitudes numériques

Le temps d'écran explose surtout entre 18h et minuit en semaine, et peut durer toute la journée le week-end. Chaque matin, elle commence par TikTok : « Je m'y passe un quart d'heure ou vingt minutes, avant de me préparer. C'est vraiment un temps dédié à ça, ça me réveille doucement. » TikTok est son application indispensable, Hinge son « plaisir coupable », et Tabs and chords (pour apprendre les accords musicaux) sa méconnue préférée.

Une cohabitation permanente avec l'objet

À table, le téléphone est posé face cachée pour éviter la tentation des notifications. Le reste du temps, « je l'ai tout le temps dans la main, ou à portée de main ». La nuit, ni mode avion ni ne pas déranger : « Je garde même le son. Je peux dormir en toutes circonstances ! » Si elle le perdait, ce seraient surtout les mots de passe pré-enregistrés qui lui manqueraient.

Des sanctuaires humains plutôt que physiques

Emma a établi des règles : « Plutôt des personnes sanctuaires. Quand je suis avec mes grands-parents, je ne le prends pas, je veux vraiment passer un moment de qualité. » Elle tente parfois des journées sans téléphone pour se prouver qu'elle peut y arriver. Quant à l'avis de ses proches : « Ma mère pense que je passe trop de temps sur mon téléphone, mais elle est elle-même les yeux rivés sur son ordinateur. Mes amis ont à peu près la même consommation que moi. »

*Le prénom a été modifié.